AU COEUR DE LA LITTÉRATURE « Le coq chante » la condition féminine

Fabinta Lo
Photo (détail) : Stéphanie Nikolaïdis

Si le titre sonne…masculin, l’œuvre de Fabinta Lo est d’une portée féministe insoupçonnée. Elle touche avec acuité – et sans virulence - l’éternelle question de la condition féminine.
 

Les événements qui animent ce récit se déroulent dans un petit village, Sate Waly, dans la région de Fatick, à l’Ouest du Sénégal. Une de ces bourgades où « le coq remplace ‘‘véritablement’’ l’horloge », où on pile le mil pour préparer de la bouillie du petit déjeuner, où les femmes vont puiser de l’eau aux aurores, où les coépouses coopèrent comme des sœurs, partagent et vivent dans une certaine symbiose, dans une organisation bien structurée.

Dans Le Coq chante, publié chez abis éditions, Fabinta Lo nous raconte donc la vie au village en nous immergeant dans le quotidien et l’intimité d’une grande famille, dans la promiscuité qui marque souvent la vie en communauté.

Mais ce qui se dégage surtout de ce petit ouvrage plaisant à lire, car écrit avec une certaine spontanéité, un certain sens du détail, c’est le rôle de la femme dans cette société traditionnelle. C’est de la condition féminine dont il est question.

L’œuvre de Fabinta Lo traite de la polygamie, un phénomène dont la femme est finalement le noyau et la chair : c’est elle qui doit partager l’homme qu’elle aime ou du moins son mari, avec d’autres femmes. C’est elle qui encaisse les difficultés de cette situation quand pour l’homme tout est avantage.

Mais l’auteure ne fait pas une dénonciation de la polygamie; elle nous montre les choses telles qu’elles sont, presque sans commentaire et laisse le lecteur, selon sa sensibilité ou son rapport à la polygamie, analyser les faits.

Elle évoque aussi la scolarisation des filles, la perception que les gens continuent d’avoir par rapport à cela. A la page 21, elle rapporte que : « Dans le village peu de femmes sont allées à l’école : les parents n’inscrivent pas les filles parce que, disent-ils, elles doivent apprendre les travaux domestiques »,  un argument classique qui revient même dans des documents officiels quand il s’agit d’expliquer les raisons du faible taux de scolarisation des filles dans nos pays.

L’œuvre de Fabinta Lo traite aussi de la situation des femmes de ménages et leurs salaires dérisoires; de la prostitution, souvent subséquente à ces salaires de misère. L’auteure parle de grossesse et d’accouchement et tout ce qu’il y a comme rituels et pratiques autour de cette expérience exclusivement féminine. Exclusivement féminine parce que durant cette période, les hommes n’interviennent pas, ils ne sont pas très concernés, ça reste finalement une affaire de femmes, du moins jusqu’à l’accouchement. Car, il s’agira de nommer l’enfant, c’est à l’homme que reviendra ce privilège.

L’ouvrage aborde plusieurs autres thématiques – l’excision, l’éducation des enfants, l’immigration et ses mensonges, la question des castes, la religion musulmane, la sorcellerie, le langage symbolique – et toutes se réfèrent ou sont liées à la condition de la femme.

Les femmes sont à l’aube et au crépuscule de ce récit. Fabinta Lo les met en lumière à travers des faits et des situations où elles sont généralement effacées de leur destin.

Ce récit est fidèle aux mœurs sénégalaises et africaines, c’est un miroir sur ce que nous sommes. Une énième œuvre qui pose le débat sur nos pratiques culturelles et sociales à l’égard des femmes. Peut-être est-il temps d’agir pour de vrai.