D'un autre point de vue Je vois ce que tu ne vois pas de Lukas Redemann

Baobab
Foto (Ausschnitt): Lukas Redemann

« Gardez les yeux grands ouverts ! » notamment à cause de la circulation – cela est d’autant plus vrai à Dakar que dans mon pays natal. Surtout parce qu’il y a beaucoup plus de moyens de transport : des calèches, des charrettes, les célèbres « car rapides » de toutes les couleurs et même des rollers !
 

Je perçois alors ce nouveau monde avec les yeux grands ouverts. Il y a énormément de choses à voir pour moi en tant que « Toubab » (étranger) ici au Sénégal qui sont devenues la normalité pour les Sénégalais. Je note par exemple qu’on mange à la main (droite !) à la maison, mais dans les plus petits restaurants au coin de la rue on mange avec une cuillère. Est-ce que les habitants de Dakar remarquent les chauves-souris géantes qui font des tours au crépuscule ? Je suis impressionné tout autant par les douzaines de rapaces qui boivent des flaques d’eau sur le terrain de foot voisin.

Hormis mes yeux, mes autres sens sont également en éveil permanent. Ainsi, mes oreilles se réjouissent du calme produit grâce aux les rideaux multicolores pendant que je prends mon petit-déjeuner au bord de la rue, alors que l’odeur douce de café me monte au nez. La quantité de sucre contenue dans un verre d’ataya (le thé traditionnel originaire du Maghreb) m’a donné mauvaise conscience au début; suis-je devenu trop sénégalais avec le temps pour ne plus y prêter attention ?

J’ai profité de ces impressions sensorielles pour modifier un peu la formule allemande bien connue « Ich sehe was, was du nicht siehst » (« Je vois ce que tu ne vois pas ») :

J’entends ce que tu n’entends pas : les coups de klaxon des innombrables taxis en espérant un bon deal.

Je sens ce que tu ne sens pas : les nids de poule et les trottoirs inclinés qui me causent des maux de jambes de temps en temps.

Je sens l’odeur que tu ne sens pas : la poussière de la Sahara et les graines de sable qui me chatouillent le nez et qui me font éternuer.

Je goûte ce que tu ne goûtes pas : les clous de girofle dans mon café Touba qui lui donnent ce goût unique.

Je vois ce que tu ne vois pas : tous les plus beaux Boubous sont de sortie, puisque c’est vendredi.

Dakar, un tourbillon de sens qui a éveillé en moi un profond intérêt, j’ai été charmé par cette ville et ses sensations à profusion.