USIC Dans chaque Tunisien sommeille un cavalier

A l'origine de toutes les activités de Trad Ben Gobrane: Une immense amour pour les chevaux
A l'origine de toutes les activités de Trad Ben Gobrane: Une immense amour pour les chevaux | Photo CC-BY-NC-SA: Tarik Marzougui

„Je suis né entre les sabots d'un cheval !", nous confie le plus sérieusement du monde Trad Ben Gobrane alors que nous le rencontrons en compagnie de son alter ego Mohamed Ben Jemaa. "Je descends d'une famille d'agriculteurs, de père en fils, depuis trois siècles. Mon père et ma mère étaient tous deux des cavaliers et mon grand-père est l'un des fondateurs de l'Union tunisienne de l'agriculture et de la pêche ; l'UTAP qui est la centrale patronale du secteur", explique-t-il.

"Le sauvetage de la cavalerie traditionnelle"

Il n'y avait donc rien d'étonnant à ce qu'il suive des études d'ingénieur agronome avant d'intégrer l'UTAP en 1988 en qualité de membre de la Fédération nationale des éleveurs de chevaux dont il devient le secrétaire général de 1999 à 2002 puis chargé de mission auprès du président de l'UTAP jusqu'en 2005. Entre-temps, il est évidemment devenu cavalier (depuis 1972) et a participé à plusieurs concours et même à des courses en catégorie Gentleman. Les choses se précisent alors pour Ben Gobrane qui s'est passionnément investi dans l'élevage avec son père jusqu'en 2001, année au cours de laquelle il se voit passer le flambeau pour devenir le patron de l'élevage. Il a des idées plein la tête qui convergent toutes vers un but majeur : fédérer tous les domaines qui gravitent autour du cheval en Tunisie ; c'est-à-dire l'élevage, les métiers, les traditions, la course, le sport équestre, la culture et le tourisme.

„Je caressais l'ambition de revaloriser tout ce que le cheval peut rapporter à la Tunisie mais l'axe le plus urgent était pour moi le sauvetage de la cavalerie traditionnelle et ses métiers car je constatais malheureusement que celle-ci était en voie d'extinction. C'est simple, si nous avions attendu 5 ans, tout ce patrimoine serait perdu ! Par exemple, il ne reste actuellement que quelques rares personnes qui maîtrisent la cavalerie traditionnelle et ses métiers et nous devons nous approprier ce savoir avant sa disparition. Je voulais sauvegarder cette mémoire ancestrale, la revaloriser et créer de l'emploi autour", nous confie-t-il.

Dans chaque Tunisien sommeille un cavalier

Il est resté ainsi pendant des années, non pas à se morfondre, mais à échafauder des plans car ce n'est qu'après la Révolution du 14 janvier 2011 qu'il parvient finalement à créer l'USIC fin 2012 avec Mohamed Ben Jemaa, Dali Mehrzi et d'autres éleveurs.

Et pourtant, le parcours ne venait que de commencer car il restait encore bon nombre d'interlocuteurs à convaincre, y compris ceux de l'Etat. "Nous nous sommes rapidement trouvés face à des embûches de tous genres et nous ne sommes parvenus à convaincre que quelques rares entités à nous soutenir. En contrepartie, nous avons tout de suite été encouragés par beaucoup de nos concitoyens dans les régions car ils ont immédiatement compris ce que l'USIC apportait comme valeur ajoutée à leur patrimoine. Nous avons découvert que, dans chaque Tunisien sommeille un cavalier et c'est leur reconnaissance qui est notre principale récompense", résume Ben Gobrane avec émotion.

A partir de là, tout se met en place. L'USIC se concentre sur les 6 gouvernorats tunisiens qui ont des traditions dans ce domaine pour évoluer de la cavalerie classique vers une équitation nouvelle à bonus de spectacle et de cinéma. L'emploi est déjà là avec une session de 20 à 25 jeunes de moins de 30 ans, dont deux jeunes filles en 2014 et une en 2015 et 2 diplômés du supérieur. Ils seront formés à la relève. Un Tour de Tunisie de l'équitation traditionnelle est en cours.
 
  •  Photo CC-BY-NC-SA : Tarek Marzougui
  •  Photo CC-BY-NC-SA : Tarik Marzougui
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Conserver savoir faire et traditions

C'est alors que Ben Gobrane constate qu'en tant que syndicat, l'USIC ne peut se charger de l'aspect immatériel du cheval. Il crée ainsi l'association "Adiyat" (littéralement, Les Galopantes) qui se charge désormais des relations avec l'UNESCO et le Ministère de la Culture pour l'archivage, les inventaires, la numérisation... à partir d'un effort acharné d'identification des "personnes-ressources" capables de certifier tel apparat pour telle région, telle manipulation des armes et leurs normes, telle différence entre les selles... "Chacune de ces structures se consacre à un domaine mais toutes deux sont organiquement liées par un contrat de partenariat : l'USIC pour le cavalier et le cheval, Adiyat pour le geste et l'héritage", résume-t-il.

Une œuvre de titan... heureusement, Ben Gobrane n'est pas seul aux commandes car Mohamed Ben Jemaa, son alter ego qui possède de grandes qualités de gestionnaire, est désormais président de l'association alors que Ben Gobrane (secrétaire général) se voue au terrain. Ben Jemaa nous parle économie : "A terme, nous voulons devenir une référence, non seulement en cheptel, mais aussi en main d'œuvre qualifiée car celle-ci est rare dans le monde : les sarraj (sellier), les tarraz (brodeurs), l'entretien du cheval, les lads, les grooms, les cavaliers d'endurance, l'assistance du cheval d'endurance... Et, le regard rêveur, il nous confie ses pensées qui s'envolent vers un jour de consécration où les plus grands producteurs mondiaux de selles faites main comme Hermès auraient noté les noms des artisans tunisiens dans leurs carnets d'adresses.