Green Oasis La dame aux 6 casquettes

Photo : Tarek Marzougui

Sauver une oasis, valoriser ses cycles de production et y recréer des emplois ! Sauver une oasis, valoriser ses cycles de production et y recréer des emplois ! Sonia Mhamdi s'est attaquée de front à une oasis du sud de la Tunisie en piteux état pour la transformer en nouveau pôle de production et d'espoir.

Sonia Mhamdi fait partie de ces femmes qui ont eu le courage de changer radicalement leurs parcours et peut-être même leur destin. Ingénieure d'application en gestion de production liée aux femmes rurales, son travail consistait essentiellement à distribuer des micro-crédits. Son ambition et sa volonté l’ont transformée ensuite en femme d’action et de terrain. Elle s'est attaquée de front à une oasis du sud de la Tunisie en piteux état pour la transformer en nouveau pôle de production et d'espoir. "Avant la Révolution, j'étais dévastée par l'angoisse de végéter pour toujours dans la distribution des micro-crédits, le recouvrement et les études sur le terrain... Ce n'était pas cela mon ambition car je voulais travailler sur des projets de développement agricole ; des projets qui ont le potentiel d'améliorer durablement la vie des gens'', nous confie Sonia Mhamdi avec émotion.

Une approche peu conventionnelle

En vérité, il lui aura fallu « beaucoup d’amour » et surtout beaucoup de patience et de persévérance pour ce projet - qui marqua son entrée dans le monde du développement -(The Green Oasis) face aux nombreux problèmes d’adoption qu’elle rencontra d’emblée : ''Les oasiens n'ont d'abord pas voulu que j'entre dans leur oasis. A leurs yeux, j'avais le double désavantage d'être femme et non-oasienne mais ils ont vite compris que je ne baisserai jamais les bras. Je me suis mise à les fréquenter, à me faire inviter chez eux, j'ai parlé aux femmes, aux hommes et même à ceux que l'on appelle les ''bandits'' et les ''clochards'' pour gommer les limites et les obstacles. Dans cette approche peu conventionnelle où mon équipe m'a aidée par son honnêteté et son bénévolat, je suis maintenant adoptée par les oasiens.''

Si elle a tant payé de sa personne, c'est que le projet lui tient singulièrement à cœur. Il y a dix ans, Sonia Mhamdi a remarqué le délabrement de l'ancienne oasis de Gafsa (El Kasbah et Sud-Ouest), partagée entre plus d'un millier de propriétaires. Au début du projet, elle savait exactement à quoi s’en tenir et voulait faire les choses dans les règles de l’art. Son premier pas a été d'aller sur le terrain avec une équipe d'enquêteurs pour le diagnostic et l'identification des besoins. Les données qu'elle compile montrent une situation catastrophique où tout est problématique : conditions de vie difficile des oasiens, répartition incohérente des parcelles, problèmes d'irrigation, absence d'output pour la commercialisation, litiges avec la STEG, absence de qualification pour certaines tâches à l'oasis, absence de conseillers agricoles, inexistence de travail en équipe, pas de services dans les règles, multiplication des déchets...

Les 5 phases de Green Oasis

"Nous avons formé une équipe de travail constituée d'abord par mon association puis par des directeurs régionaux de l'agence nationale de la gestion des déchets, les CRDA, l'AFA, l'APIA, l'APII, l'ANPE... et des consultants privés gafsiens. Après l’identification des besoins, 5 phases s'imposèrent : Créer un système d'irrigation adapté, instituer des sociétés de services agricoles, valoriser les déchets de l'oasis et créer de l'énergie renouvelable à vendre à la STEG, puis investir dans le photovoltaïque et la création des micro-projets pour les oasiens avec le but d'augmenter leurs revenus.

En tout, l'estimation préliminaire des 5 phases de la totalité du projet s’élève à 1,8 millions de dinars. ''En avril 2014, j'ai obtenu le prix du meilleur projet dans la compétition des jeunes leaders en Tunisie organisée par l'American Islamic Congress pour mon plan d’action ; en juin 2014, j'ai entamé la recherche de financements. MercyCorps, le bras financier du MEPI, a débloqué progressivement les fonds qui totalisent 80 mille dinars et l'American Islamic Congress nous a accordé 12 mille dinars. Ces deux bailleurs de fonds sont les seuls auxquels je me suis adressée pour les phases 1 et 2'', commente Sonia Mhamdi qui est actuellement à la recherche d'un complément de fonds pour la seconde phase et de financement pour la 3ème et 4ème phase.
 
  • Sonia Mhamdi au bureau. Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Sonia Mhamdi au bureau.
  • Sonia Mhamdi se promène à l'oasis. Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Sonia Mhamdi se promène à l'oasis.
  • Sonia Mhamdi et le groupe de travail, fruit de son association Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Sonia Mhamdi et le groupe de travail, fruit de son association
  • Le sourire facilite le travail. Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Le sourire facilite le travail.
  • Partager son savoir est un devoir. Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Partager son savoir est un devoir.
  • L'oasis Photo (CC) : Tarek Marzougui
    L'oasis
  • Il faut un meilleur système d'irrigation. Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Il faut un meilleur système d'irrigation.
  • Sonia Mhamdi et son équipe Photo (CC) : Tarek Marzougui
    Sonia Mhamdi et son équipe

Große Herausforderungen

Aujourd’hui, cette amazone du désert espère pouvoir compter sur trois autres partenaires : le Fonds mondial pour l'environnement, la GIZ (coopération allemande) et l'Organisation internationale du travail.