Youth Decides Quand les jeunes Tunisiens prennent la parole

  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
  •  Photo : Tarek Marzougui
Réussir l’inclusion politique et économique des jeunes Tunisiens. Tel est l’objectif majeur de « Gov » et « We Code », deux projets lancés par « Youthdecides », une association tunisienne présidée par Wala Kasmi, une jeune activiste pas comme les autres. Si le premier a permis à 1.2 million de jeunes d’être « influents » lors des élections présidentielles de 2014, le deuxième a converti 8 diplômés chômeurs en promoteurs.

Le militantisme, Wala Kasmi l’a découvert très tôt. De parents politiquement engagés, Wala assistait quotidiennement à des débats de haut niveau, autres que ceux qu’on regardait à l’époque à la télé. Cette ambiance familiale peu commune lui a permis de découvrir la magie et le pouvoir du mot.

Alors que les enfants de son âge suivaient les dessins animés, Wala écoutait attentivement les discussions politiques. Alors, qu’ils jouaient, elle lisait des livres de tous genres. « Je passais de longues heures entourée de livres que je dévorais l’un après l’autre, comme on dévore du bon chocolat », se rappelle la jeune fille de 29 ans.

Ce climat n’était pas sans conséquences sur sa personnalité. Mais le déclic, elle l’a eu au collège. « A l’époque, nous voulions, moi et mes camarades de classe, participer à une marche de protestation. Notre professeur nous a demandé de faire preuve de maturité et, au lieu de casser ou de jeter des pierres, d’écrire nos revendications sur des pancartes ». L’idée a impressionné Wala et a marqué le reste de son parcours de militante. « J’ai découvert que nous pouvons dire non de manière pacifique et que nous pouvons nous exprimer et même changer notre monde sans recourir à la violence ».

Fidèle à son principe de changement pacifique, Wala a adhéré en 2009 à « Birsa », l’un des premiers réseaux tunisiens de cyber-activistes à briser le mur du silence et de la peur et à dénuder le régime de Ben Ali. Convaincu et déterminé, le réseau a refusé de se limiter à la sphère virtuelle. « Il était indispensable, pour nous, d’être sur le terrain pour avoir le plus d’impact possible ». Le 7 novembre 2010, alors que le régime célébrait en Tunisie ses 23 ans de règne, Birsa rassemblait à Paris la jeunesse tunisienne engagées pour discuter de ses prochaines actions. « Je suis revenu quelques jours seulement avant l’auto-immolation de Mohamed Bouazizi. Je sentais que quelque chose allait se passer ».

« Gov », les jeunes deviennent influents

Le régime a chuté et les frères d’armes se sont dispersés. « Ce que je considérais comme un début, les autres le voyaient comme une fin ». Mais Wala n’a pas lâché prise. « Je me suis persuadée que le pays a pris le mauvais virage. La jeunesse qui était à l’origine de la révolution a commencé à perdre espoir et à se retirer de la scène, comme si sa tâche est terminée et n’a plus de rôle à jouer ». La jeune ingénieure informatique a, donc, décidé de faire renaître « Birsa » de ses cendres en appelant ses amis à se regrouper et à s’unir pour défendre les intérêts des jeunes Tunisiens. Ses appels sont restés sans réponses, par certains, la majorité. Pour les autres, c’était l’occasion idéale pour lancer une nouvelle initiative. « Avec nos propres moyens financiers, nous avons créé l’association et nous avons commencé à travailler avec un seul objectif : permettre aux jeunes d’occuper le terrain et de décider ». D’où le nom de l’association « Youth Decides ». Composée essentiellement de diplômés en TIC, convaincus de l’attractivité de l’Internet et de son pouvoir mobilisateur, l’association lance « Gov », à l’occasion des élections présidentielles de 2014. « C’est une application qui permet d’évaluer, de noter et de poser des questions aux différents candidats aux élection ». Aussitôt lancée, l’application a attiré des milliers d’utilisateurs. « En quelques jours nous avons atteints 1.2 million d’utilisateur dépassant de loin nos propres estimations », se félicite Wala. Le succès de l’application a obligé les candidats, qui au début refusaient d’y adhérer, de se déplacer aux locaux de l’association pour annoncer leurs inscriptions. « Parallèlement, nous avons organisé des débats entre les jeunes soutenant les différents candidats. Des rapports quotidiens étaient, également, envoyés aux médias…c’était une belle expérience qui a permis aux jeunes tunisiens de s’exprimer, de décider et surtout d’influer », se vante Wala.

« We Code » : du chômage à l’entreprenariat

« Youth Decides » a, également, son mot à dire sur le plan économique. « Permettre l’inclusion économique des jeunes Tunisiens c’est aussi notre objectif », précise Wala Kasmi. En partenariat avec l’université privée Esprit, l’association a lancé, en janvier 2015, le projet « We Code » en faveur de huit jeunes diplômés chômeurs de différentes spécialités et de différentes régions. « L’idée est simple. On leur apprend les bonnes pratiques internationales pour créer sa propre start-up et gagner de l’argent sur Internet ». Après 8 semaines de stage bloqué et de formation intensive (parfois de 6h du matin à minuit) les jeunes stagiaires ont pu relever le challenge et lancer, chacun, son propre projet. « C’est une réelle réussite non seulement pour eux, mais aussi pour l’association et tous les professeurs qui ont participé à leur formation. Ces jeunes qui étaient, il y a peu des chômeurs sans espoir, sont aujourd’hui des entrepreneurs qui vont pouvoir créer de la richesse et de l’emploi ».

« Youth Decides » lancera prochainement son troisième projet. Il s’agit d’une nouvelle application qui permettrait aux jeunes Tunisiens d’entrer en contact avec les députés de l’Arp (Assemblée des représentants du peuple) pour discuter et donner leurs avis sur les projets de lois et même de lancer des initiatives législatives. « Les jeunes Tunisiens exclus de la politique vont pouvoir décider et imposer leurs choix ». Rien ne dissuade Wala Kasmi qui insiste à regarder l’avenir avec des yeux pleins d’ambition et d’espoir.