fiction Hayder Hussein Turki

Dans des entretiens, les réalisateurs nous parlent du long chemin qui sépare la première idée du film fini et les difficultés à surmonter, et ils tirent un premier bilan de ce que le workshop leur a appris. Ci-après, notre entretien avec Hayder Houssein Turki qui participera au concours de courts-métrages, le 15 octobre 2015, avec son film « Gouna ».

Quelle était la source d’inspiration pour votre film?

Je me suis basé sur les expériences des hommes que je connais qui ont vécu cette migration. Par ailleurs, j’ai été inspiré du thème « ensemble ». Il s’agit d’un groupe qui est « ensemble » et qui veut réaliser cette idée « ensemble ». Par la suite, j’ai créé les personnages. Personnellement j’ai été engagé dans le service militaire en Tunisie pendant 4 ans, c’est pour cela que j’ai créé le personnage du soldat qui essaye de déserter. Plus tard j’ai fini par démissionner, mais mon rêve n’était pas de quitter la Tunisie. Je voulais faire de l’art. Le cas du soldat déserteur se trouve beaucoup en Tunisie, j’en connais deux personnellement. Après la révolution, ils sont partis avec la grande vague de tunisiens qui ont quitté la Tunisie.Il faut parler de la réalité, il y a beaucoup de gens qui viennent du nord d’Afrique avec le rêve de faire leur vie en Europe.

Dans votre tournage il se passait quelque chose de spécial - Fatma Ben Saidane qui a participé à l’atelier « Le travail avec les acteurs » avec la réalisatrice allemande Nina Grosse, a accepté de travailler avec vous dans votre court-métrage, où elle joue un passeur qui ramène les migrants en Europe. Comment êtes-vous arrivé à cette coopération et comment s’est déroulé votre travail ?

Lors de l’atelier avec Nina Grosse – que je veux particulièrement remercier – cette dernière m’a appris à diriger les acteurs et les dialogues. Elle m’a appris à dérouler le dialogue entre les trois. Elle m’a proposé de mettre Mme Fatma en tant que passeur dans mon film, puisqu’il s’agit d’une femme avec un visage assez masculin. Nina Grosse était assez sévère avec moi, mais ses instructions étaient bonnes. Fatma était généreuse – nous avons fait des répétitions à l’Italienne (sans mouvement) et à l’allemande. Nous avons eu un autre acteur expérimenté qui faisait ses études à New York et Vancouver, il aidait les autres dans le jeu et l’acting.

Le court-métrage est une discipline un peu spéciale – on doit faire court, simplifier, condenser une histoire en quelques minutes sans que cela ne devienne superficiel : Comment décrivez- vous les spécificités d’un court-métrage – quels sont les points sur lesquels il faut faire attention ?

Tout d’abord, on ne doit pas tomber dans les clichés mais développer l’histoire comme elle est, celle-ci doit être crédible. La thématique de mon film est la trahison. Dans la migration clandestine, chacun reste dans sa chambre. Il y en a 60 qui partent, mais ils ne sont pas tous ensemble. Je me base beaucoup sur les acteurs, leur direction de jeu et le décor. Pour moi, ils sont plus importants que la bande son ou la lumière, puisque ce sont eux qui parlent.

Quel était le plus grand défi pendant la préparation et le tournage du film?

Le plus difficile pour moi était la construction du décor. Le décor que nous utilisons est un « Gouna », une chambre avec des fenêtres brisées, saccagées, des bouteilles de bière, du shit, etc. Elle est sale. J’ai cherché une chambre sur le toit de ma maison et j’ai convoqué un étudiant des beaux-arts qui a pris 10 jours pour construire le décor. Seulement, c’était pendant le mois de Ramadhan, il était fatigué et ne pouvait pas travailler. On a fini par construire avec peu de moyens et beaucoup d’imagination. Un autre défi était certainement la rigueur des acteurs et l’engagement de l’équipe qui ne venait pas toujours au tournage. Il faut qu’on se mette ensemble, qu’on travaille comme une famille, avec un but commun.

Quelle est votre opinion personnelle sur la migration clandestine et le business qui en est lié ?

Je suis contre la migration clandestine, il y a toute une mafia qui est derrière et qui pousse les jeunes du nord d’Afrique à partir clandestinement. 20 000 tunisiens sont partis après la révolution en 2011, c’est un chiffre incroyable. A mon avis, ces gens qui partent clandestinement n’ont aucun niveau intellectuel, ni aucun diplôme. Pourquoi partent-ils en Europe? Pour le trafic de drogue ? Pour voler ? Pour le djihad ? Ils donnent une mauvaise image des maghrébins à l’étranger. Ces gens ne veulent pas travailler, il y a du boulot ici, mais ils n’en veulent pas. Pour eux, la vie c’est les filles, la drogue et l’alcool. Ce sont les jeunes des banlieues de Sousse et de Tunis, ils ne connaissent pas vraiment la misère. Ceux qui cherchent à quitter le pays ne sont pas ceux qui vivent à l’intérieur de la Tunisie, ceux qui n’ont réellement pas les moyens.

Vous avez déjà passé plusieurs ateliers – beaucoup d’input. Quels ont été les conseils qui vous ont fait avancer le plus ?

L’atelier de Nina Grosse m’a vraiment beaucoup donné. J’y ai appris à animer la scène. Lorsque vous dirigez un dialogue, il faut le faire à trois, non pas à deux. Au dernier stage de montage, j’ai appris que le montage était la dernière écriture du scénario, c’est une autre réalisation. Il faut tout réécrire pour harmoniser les scènes et mettre une ambiance, il ne suffit pas de couper les rushes et de les mettre les uns avec les autres.

Qu’avez-vous changé après ? Que feriez-vous différemment la prochaine fois ?

J’ai pris les conseils des formateurs. J’ai coupé quelques plans et je vais en rajouter d’autres. Je veux remplacer un plan avec une voix-off. Il reste beaucoup à faire, maintenant il faut étalonner tout le film, toutefois je ne pense pas le refaire. Chaque film a son charme, on ne peut pas reproduire le même. Si j’en ai l’occasion, j’ajouterai peut-être d’autres personnages et refilmerai certaines scènes.

Que vous a apporté l’atelier ?

Je dois retravailler mon équipe et l’ambiance dans le groupe. Je suis un peu dictateur dans mes décisions, on doit donc travailler davantage ensemble et s’écouter les uns les autres pour terminer sur un bon travail.
Globalement, je suis content de vivre cette expérience. J’ai beaucoup appris et ça va m’aider pour mon expérience professionnelle. Les formateurs étaient magnifiques, ils ont une stratégie et une pédagogie d’enseignement qui sont très avancées par rapport à ce que je connaissais. J’espère bien avoir la chance de pouvoir en profiter encore une fois l’année prochaine.