documentaire Mouna Louhichi

Dans des entretiens, les réalisateurs nous parlent du long chemin qui sépare la première idée du film fini et les difficultés à surmonter, et ils tirent un premier bilan de ce que le workshop leur a appris. Ci-après, notre entretien avec Mouna Louhichi qui participera au concours de courts-métrages, le 15 octobre 2015, avec son film « Un cercle autour d'une danse solitaire ».

Quelle était la source d’inspiration pour votre film ?

J’ai passé un stage au complexe culturel de Gabès et c’est là que j’ai rencontré ces garçons. On a sympathisé et à un certain moment je voulais être danseuse avec eux. J’adore la danse hip hop et leur style me plaisait, j’ai trouvé qu’avec eux je pouvais faire une carrière dans le Hip Hop. Je me suis retrouvée dans leur monde, leur style de danse et leur groupe, et je voulais faire partie de ce monde. Par la suite ils sont devenus mes amis. J’ai voulu faire un film sur ce groupe de jeunes depuis le jour où je les ai connus, et c’est après le lancement du concours et du sujet « Ensemble » que j’ai finalement décidé de le faire.

Quel était le plus grand défi pendant la préparation et le tournage du film ?

Le groupe que je montre dans le film est très apprécié par les jeunes de Gabès. Leur style, leurs chorégraphies ont quelque chose de spécial. Tous ceux qui veulent faire de la danse veulent passer par ce groupe. En plus, ils travaillent au centre culturel de Gabès qui est au centre de Gabès, ce qui fait que tout le monde y passe et c’est très visible. Les filles n’ont pas encore le répertoire de gestes et techniques pour former un groupe, et c’est peut-être aussi la mentalité du sud, de voir que d’être avec un groupe de mecs est plus toléré.

J’ai vécu des difficultés en tant que danseuse avec eux. L’amitié était facile à vivre, mais ils n’acceptaient pas les danseuses. J’ai voulu montrer cette difficulté pour les filles de s’intégrer dans un groupe de danseurs. Ce n’était pas facile de convaincre les filles d’être filmées. Elles avaient peur que ce ne soit pas accepté par la société. Pour moi, c’est en contradiction avec le mode de vie d’un danseur qui doit franchir les conditions sociales et être libre dans son vécu et ses idées. Les garçons pensent que ces femmes dansent pour occuper leur temps libre et s’amuser. Les hommes pensent qu’ils sont plus professionnels et qu’ils ont un meilleur niveau. Ils ont un rythme de travail qui est plus accéléré que celui des filles et ne sont pas patients avec une fille qui est en train d’apprendre. Ils ont déjà établi leur mode de travail et ne veulent pas le changer pour quelqu’un qui ne semble pas être aussi engagé qu’eux. Nour et Rahma, les deux danseuses que je montre dans ce film, me représentent.

Il y a beaucoup de filles qui ont été déçues en essayant de rejoindre ce groupe. Suite à cela, elles ont fini par rejoindre d’autres groupes. En effet, il existe d’autres groupes de danse, il existe même des groupes de danse pour filles, mais il s’agit de groupes de Zumba, une danse populaire. Il n’existe aucun groupe de danse Hip Hop pour filles, même si la mentalité des femmes a beaucoup évolué ces dernières années. Les images qu’on reçoit par Internet et la télé ont beaucoup changé le regard de la société. En 2002 on voyait une danseuse de hip hop d’un autre œil comparé à aujourd’hui.

Vous avez déjà passé plusieurs ateliers – beaucoup d’input. Quels ont été les conseils qui vous ont fait avancer le plus ?

J’ai eu l’occasion de participer et de tourner ce film que j’ai toujours voulu faire. Nous avons travaillé avec les encadreurs qui nous ont beaucoup aidés. Nous avons beaucoup travaillé en équipe dans un cadre hors universitaire. C’est un autre monde, une nouvelle expérience. Au sein de l’école, nous travaillons quotidiennement dans une sorte d’atelier et nous avons un jury. Cette expérience avec cet atelier est donc très intéressante. Les films ne vont pas seulement être projetés en Tunisie, mais également à l’étranger. J’aimerais bien voir mon film à une échelle internationale, surtout pour montrer la vraie société arabe. Le regard des étrangers est assez spécial. Nous ne sommes pas des terroristes, nous avons de la joie, nous aimons la vie, nous aimons l’art. Je suis pour l’humanité. Je suis extrêmement heureuse d’être en train de faire ce film et d’être en train de faire les dernières retouches. Et ce qui me rend encore plus heureuse, c’est que je suis en train de faire un film sur ce groupe car notre amitié s’est renforcée depuis.