Tasawar Curatorial Studios © Goethe-Institut

TASAWAR Curatorial Studios

S’engager avec les pratiques curatoriales en Tunisie.

Depuis Septembre 2019, un nouveau projet du Goethe-Institut Tunis a débuté. TASAWAR Curatorial Studios est un programme d’études qui se tient à Tunis. Le programme est conçu en un atelier mensuel, qu’on appellera “Studio”.
Tasawar atelier
Les unités de travail sont réparties entre des séances de coworking physique et en ligne. Le programme d’études annuel est fait sur mesure et, est adapté aux artistes, curateurs, médiateurs artistiques et producteurs culturels qui souhaitent inclure les pratiques curatoriales dans leurs exercices.

“Jusqu’à présent, il y a un nombre limité de musées, d’associations culturelles et artistiques ainsi que des galeries qui proposent de l’art contemporain” dit Andrea Jacob, directrice du Goethe-Institut Tunisie, “notre ambition est de contribuer au développement actuel que vit l’art contemporain et aux discussions locales, en cours, autour des formes d’expositions nouvelles et uniques. On espère que ce programme stimulera l’engagement envers l’art contemporain en Tunisie”.
 

  • Le Programme
 
Les studios incluent des conférences, des discussions et des formations avec des experts nationaux et internationaux structurées autour de curriculums axés sur les compétences clés pour la réalisation d’expositions en fonction du contenu et du concept.
Un projet de recherche collective sur l’art contemporain en Tunisie et en Afrique du nord ainsi que deux projets collectifs d’art spécifique au contexte, font partie intégrante du programme.
Maillés dans une série d’activités, telles que des visites de studios d’artistes et d’expositions ou encore l’organisation de déjeuners et dîners informels, ils ont pour but d’élargir notre sphère de networking. “C’est fantastique de voir comment cette initiative du Goethe-Institut a pris vie en seulement quelques mois de travail” a déclaré Bettina Pelz, la curatrice qui dirige le programme.
 
  • Le développement du programme
Internationalement active en tant que curatrice, écrivain et professeur universitaire, Bettina Pelz a développé le concept et le programme sur la base de ses récentes expériences de travail en Tunisie depuis 2014.
Son focus curatorial sur les projets d’art dans son contexte a modelé le concept du programme. L'idée s´est ensuite concrétisée entre les mains d’Emily Sarsam du Goethe-Institut Tunisie. Durant l’été de 2019, plus que 60 participants ont déposé leurs candidatures, parmi lesquelles 32 ont été sélectionnées.
Leurs formations mixtes et variées, entre beaux-arts, design et architecture, sciences libérales, sociales et naturelles, passant par le management de ressources humaines et marketing d’entreprises. Certains sont fraîchement diplômés, d’autres actifs dans des projets artistiques et culturels ou des professeurs universitaires. La majorité d’entre eux résident à Tunis.
 
  • Une approche transdisciplinaire
 
Une partie importante du challenge est d’intégrer les connaissances et compétences existantes des participants au programme, et de les mettre en oeuvre pour le développement d’une panoplie d’approches curatoriales. “Les pratiques curatoriales engagent un traitement transdisciplinaire,” ajoute Bettina Pelz, et “nous bénéficions des différents parcours des participants. Ces derniers peuvent passer du statut d'expert à débutant durant les studios. Continuellement, les participants se réorientent en changeant les rôles et les répertoires, la langue ou le médium. Nous alternons entre des tâches qui doivent être résolues en tandem, en petits groupes ou en séance plénière.” La combinaison des formats interactifs a généré une solidarité d’apprentissage entre les participants.
 
  • Un environnement d’apprentissage
 
Conjointement, les participants explorent la scène artistique régionale, discutent des conditions de l’art contemporain sur le continent Africain et essaient de faire le lien avec les pays du Moyen-Orient et Méditerranéens, tout en gardant un oeil sur l’actualité des pratiques dans le monde.
“Durant les studios de TASAWAR, nous discutons de l’art contemporain, nous remettons en question les pratiques curatoriales et nous nous penchons sur les enjeux artistiques du 21éme siècle. Ces discussions me permettent de pointer des questions très intéressantes, que je n’aurais pas abordées toute seule. Je ne saurai par où commencer.” commente Louise Baranger, l’une des participantes.
Les discussions se portent sur l’évaluation de différentes positions curatoriales ou l’analyse des cadres conceptuels des musées ou des galeries. La recherche fait référence à des festivals, des biennales ainsi que des projets socio-culturels et d’art dans l’espace public.
 
  • Les experts
 
Régulièrement, des experts nationaux et internationaux, curateurs, artistes, médiateurs artistique, ou acteurs culturels prennent part aux studios pour partager leurs connaissances, rendre compte de leurs pratiques et faire profiter de leurs expériences. Le programme invite des intervenants du continent Africain et de la région MENA.

’approche poly-vocale aspire à encourager les participants à créer leurs propres approches et cadres pratiques et théoriques pour leurs futures actions curatoriales. “Après chaque studio, ma façon de penser est un peu différente”, dit Salma Kossemtini. “Je pense que TASAWAR est important pour mon développement en tant que jeune créative. Ça m’a permis de questionner mes perspectives professionnelles et ce que j’aspire à bâtir pour mon futur. TASAWAR m’aide à explorer de nouveaux horizons en moi et dans le domaine de la pratique”.
 
  • Les espaces de rencontres
 
Afin d’approfondir nos connaissances de la scène artistique, chaque studio a lieu dans un environnement nouveau. Ceci permet d’étudier plusieurs qualités spatiales et approches conceptuelles appliquées. Les participants rencontrent les individus qui gèrent ces espaces, se renseignent sur leurs réalisations et les ressources nécessaires. Le projet avait pour hôte le GOETH-INSTITUT et la galerie CENTRALE au centre-ville de Tunis, MINASSA Coworking Space à la Médina de Tunis, la librairie MILLE-FEUILLES à la Marsa, L’ECOLE D’ARCHITECTURE ET D’URBANISME (ENAU) et le musée ENNAJMA EZZAHRA à Sidi Bousaid.
Suite à la crise sanitaire mondiale, le programme s´est acclimaté avec des sessions d’études hebdomadaires depuis Mars 2020, tout en gardant l’axe d’interaction avec des intervenants nationaux et internationaux.
 
  • La langue
Alterner en permanence entre les langues est un autre aspect unique au programme. Avec l’Anglais comme langue principale et compte tenu du caractère international du programme d’études, la question de la traduction devient une composante importante du projet.
“En tant que Tunisiens et quand il s’agit d’art contemporain, nous avons l’habitude d’employer des termes en Français ou en Anglais. Dans le cadre de TASAWAR, nous voulons examiner de plus près le vocabulaire Tunisien et l’enrichir si nécessaire.” Affirme le Curateur Aymen Gharbi, qui dirige le module “Moving Between Languages”.

Les discussions et les découvertes sont documentées dans un glossaire en perpétuelle évolution, avec l’avancement du programme. “Le passage constant d’une langue à une autre n'approfondit pas seulement les compétences linguistiques individuelles, mais permet une réflexion critique sur les terminologies et les codes internationaux”, ajoute Bettina Pelz.
 
  • Les tâches et les outils
 
Durant TASAWAR Studios, les participants doivent mener et documenter des interviews, développer des concepts d’exposition et écrire des textes curatoriaux, préparer des discours et expérimenter avec la médiation artistique. Le programme inclut également les outils essentiels de gestion de projets. De l’usage des feuilles de calculs pour une planification budgétaire à la création de sites web destinés à la communication du projet. “J’apprends graduellement comment chaque décision influence un projet curatorial, qu’elle soit reliée au design et à la conception d’un projet d’art, aux moyens techniques que nous mettons à disposition ou encore à une décision budgétaire.” Décrit Syrine Siala, l’une des participants.
   
Le processus entier du projet est miroité sur le site-web de TASAWAR, qui agit comme une interface interactive et un espace de rencontre. C’est une plateforme d’apprentissage en ligne qui contient les profils des enseignants et des participants ainsi que le planning prévu pour chaque studio. Le site-web contient également les programmes spécifiques et les activités culturelles en Tunisie ainsi que les projets curatoriaux à venir. Le tout est relié aux canaux des réseaux sociaux.

“Avec l’approche “cross-media” du projet, nous étions bien préparés à faire face à la crise du COVID-19 que nous vivons actuellement. Nous étions aptes à continuer notre collaboration via des rencontre hebdomadaires en ligne”, ajoute Imen Bahri. “En tant qu’enseignante à l’École des beaux-arts, je me dois d’être à jour et d’actualiser mes outils numériques, et pour cela, le programme TASAWAR est une bonne source”.
 
Le rebondissement quant à la crise mondiale du COVID-19
 
Tout au long de la période de confinement, les studios mensuels sont convertis en web studios, labs et ateliers hebdomadaires. La transition vers un projet en ligne a permis au groupe d’inviter des étudiants internationaux en études curatoriales et de jeunes curateurs à rejoindre le collectif TASAWAR. Depuis Mars 2020, six participants internationaux venants de France, Allemagne, Grèce, Slovénie, mais aussi du Canada, du Mexique et des Etats-Unis ont rejoint le groupe. La participante Tunisienne Chiraz Mosbah apprécie cette coopération internationale : “rassemblant des Tunisiens et des non-Tunisiens autour du programme, avec leurs différentes formations et expériences est une opportunité inouïe pour un échange riche et fructueux”.  Katja Štesl de Ljubljana commente : “c’est un plaisir de faire partie de ce projet. À une époque où la possibilité de bénéficier d'une telle formation est rare, l’échange d’idées et les questions stimulantes qui surgissent durant l’échange et grâce à ces réunions, sont d’une importance à notre développement en tant qu’individus et un collectif international. Non seulement ce projet diffuse un savoir notable et encourage une attitude professionnelle envers l’art contemporain, il nous donne la satisfaction d’être entendu en prenant part à quelque chose de pertinent”.
 
  • La vision future
 
La discussion actuelle inclut les questionnements comme “Comment répondre à l’impact de la crise sanitaire mondiale”, et “quel sera le devenir des deux projets d’expositions planifiés”. Le projet d’exposition MATTER OF TIME à ENNAJMA EZZAHRA, musée d’histoire culturelle, était planifié en Avril 2020 et le projet international d’Art de Lumière INTERFERENCE, à la MEDINA DE TUNIS, en Septembre 2020. “L’engagement et l’implication exceptionnels des participants, indiquent que ce collectif conduira à plusieurs projets remarquables même durant ces moments incertains”, commentaire d’Emily Sarsam quant au succès du projet. “Ce premier programme TASAWAR continuera jusqu'en Septembre 2020, et nous explorons déjà les options pour une deuxième édition, peut-être même hébergée par un réseau régional”.