Musées au Nigeria Un pôle d'attraction pour le public, même sans trésors artistiques

Des danseurs Ekasa en habits traditionnels lors d'une performance au palais de Benin City.
Des danseurs Ekasa en habits traditionnels lors d'une performance au palais de Benin City. | Photo (détail) : K. J Eweka

Des objets témoignant de l’art de cour très sophistiqué, qui avait atteint son apogée dans l’ancien royaume du Bénin, se trouvent, depuis l’époque coloniale britannique, dans les musées européens et nord-américains ainsi que dans des collections particulières. Cette situation oblige aujourd'hui encore les musées nigérians à préserver d’une autre manière la mémoire culturelle de ses peuples indigènes.
 

De Kennedy Jude Eweka

Avant 1900, il n’y avait pas de culture muséale conventionnelle dans la tradition béninoise. Ce concept fut introduit par les Britanniques qui colonisèrent la partie occidentale du continent africain, plus connue aujourd’hui sous le nom de Nigeria. La « découverte » de l’art africain remonte à l’expédition punitive britannique de l’année 1897. Avec la domination coloniale qui suivit, un tournant social survint au Nigeria. Les styles de vie traditionnels représentés par les formes artistiques africaines furent soudain menacés d’occidentalisation et le musée devint alors « un port d'attache sécurisé » pour les œuvres d’art historiques.

Dans le royaume du Benin précolonial, seul le palais royal était compétent pour l’attribution de commandes, pour les parrainages ou la conservation et la propriété d’œuvres d’art. Les massacres perpétrés par les soldats britanniques en 1897 mirent fin au système très sophistiqué de l’art de cour qui avait connu son apogée dans l’ancien royaume du Benin. Aujourd’hui encore, la plupart des objets qui furent dérobés à cette période ornent les musées, les galeries et les collections privées dans toute l’Europe et en Amérique du Nord. Le peu d’objets restés dans le pays sont désormais conservés dans des musées au Nigeria. Auparavant, ces vestiges culturels avaient été administrés par les colonisateurs ; ce sont les dernières traces de l’héritage culturel des tribus indigènes sur leur territoire.
 

Des voies innovantes pour conserver la mémoire collective

Le musée national de Benin City se trouve sur un site prestigieux au cœur d’une institution établie et respectable de la vie culturelle traditionnelle, symbolisée par le Palais où réside l’oba. Benin City incarne, depuis l’époque des dynasties des Ogysos et d’Oranmiyan-Eweka et de leurs 71 souverains désignés en vertu du droit d’ainesse, le rôle d'épicentre culturel du Nigeria. À Benin City, la communauté et le musée s’efforcent ensemble de faire revivre, par le biais de manifestations, les traditions anciennes ainsi que les cérémonies culturelles du peuple d’Edo. Des milliers de visiteurs locaux et étrangers affluent dans la ville pour assister à ces cérémonies. Ils se sentent attirés par ces festivités uniques au cours desquelles on adore des divinités, sont tenus des rites initiatiques ou ont lieu des cérémonies à l’occasion de la mort du monarque Ewimnokua et du couronnement de son successeur.
 

Des œuvres d’art vivantes

Au Musée national de Benin City, des artistes traditionnels et contemporains organisent des expositions collectives sur la culture indigène. Les actions qui sont préparées dans leur sillage et qui comprennent des danses culturelles, des colloques sur des sujets historiques et des discussions sur les artefacts culturels issus des réserves du musée, contribuent à la création d’un lien étroit entre la communauté et le musée. Le Musée national de Benin City a par ailleurs une situation stratégique et favorable au sein de cet épicentre traditionnel et culturel du Benin. La corporation des fondeurs, située dans la Igun Street, où l’on pratique encore l’art de la fonte de bronze, se trouve à quelques pas du musée. Une information importante qui n’est pas cachée aux visiteurs car la portée des objets en possession du musée, présentés comme œuvres d’art vivantes, se voit ainsi renforcée.
 

De l’art local pour un public international

Le musée attribue des autorisations pour l’exportation d’artefacts, d’objets artisanaux et d’art contemporain. C'est ainsi que l'on peut contrôler le flux des œuvres d’art africaines qui quittent le continent. Par la même occasion sont saisies des informations importantes sur les œuvres concernées, notamment des indications sur l’artiste, sur le pays de destination et sur la présence de l’œuvre sur une liste d’objets autorisés à l’exportation. Grâce à cette procédure, on garantit l’héritage culturel collectif aux générations futures.
 

Conservation des sites patrimoniaux et des monuments

Avec les communautés locales, les musées s'engagent pour la conservation des sites et des monuments historiques désignés comme tels. À Benin City, il y a plusieurs sites patrimoniaux, comme le Palais de l'Oba, les Murs de la ville, la statue d'Emotan et le Palmier royal d'Iselu, une commune située à 10 kilomètres de là, pour n'en citer que quelques-uns. Grâce au partenariat entre le musée et la communauté locale a pu croître l'engagement pour la restauration et le maintien de ces monuments historiques.

Évolution des palais royaux

Les anciens palais royaux sont aujourd'hui des centres vivants de la vie traditionnelle et culturelle des communautés locales. Le Palais de l'Ogiso, qui a plus de 2000 ans et où résidèrent environ 31 Ogisos (rois divins) à l'époque de la première dynastie du royaume du Benin, se trouve dans le quartier Ugbekun de l'ancien royaume du Benin. Les palais ont aujourd'hui le statut de sites traditionnels. Le second palais est le Palais Uzama, situé dans le quartier Uzama de Benin City, où résidèrent quatre monarques entre les années 1200 et 1280 avant Jésus-Christ. Cet ancien site royal est resté jusqu'à aujourd'hui un lieu important pour les cérémonies de couronnement.

L'actuel Palais de l'Oba dans lequel étaient jadis coordonnées les affaires de l'État, a traversé différentes phases au cours de l'Histoire, de la domination coloniale à l'adaptation à différents régimes politiques, démocratiques et militaires, en passant par l'autodétermination. Le palais a aujourd'hui une portée fondamentale pour l'existence culturelle et historique des habitants du Benin ; c'est le lieu où les questions liées à la tradition mais aussi les affaires politiques, économiques et culturelles sont débattues.
  • Le conservateur entouré de visiteurs étrangers ou locaux devant le Musée national de Benin City le 3 avril 2018. © Joshua Eweka
    Le conservateur entouré de visiteurs étrangers ou locaux devant le Musée national de Benin City le 3 avril 2018
  • Une boutique spécialisée dans le bronze, Igun Street, avec des visiteurs en train d'acquérir des objets en bronze, 2018 © Kennedy Eweka
    Une boutique spécialisée dans le bronze, Igun Street, avec des visiteurs en train d'acquérir des objets en bronze, 2018
  • Une démonstration de fonte de bronze dans la Igun Street en 2018 © Kennedy Eweka
    Une démonstration de fonte de bronze dans la Igun Street en 2018

  • Une partie de l'ancien palais de l'Oba en 2015 © K. J Eweka
    Une partie de l'ancien palais de l'Oba en 2015
  • Une partie des bâtiments rénovés en 2016 © K. J Eweka
    Une partie des bâtiments rénovés en 2016
  • L'Oba du Benin, Oba Ewuare II, sur son trône à Aro Ozolua dans le palais modernisé, en 2019 © K. J Eweka
    L'Oba du Benin, Oba Ewuare II, sur son trône à Aro Ozolua dans le palais modernisé, en 2019
  • Une délégation de chefs de tribus rend hommage au monarque, dans le palais, en 2016 © K. J Eweka
    Une délégation de chefs de tribus rend hommage au monarque, dans le palais, en 2016
  • Une délégation de chefs de tribus rend hommage au monarque, dans le palais, en 2016 © K. J Eweka
    Une délégation de chefs de tribus rend hommage au monarque, dans le palais, en 2016

Le palais incarne le centre de la vie culturelle et traditionnelle au quotidien. Dans ses nombreuses pièces sont également exposés des biens culturels importants ainsi que des autels pour honorer les ancêtres. La structure d'origine est actuellement rénovée selon les modèles architecturaux actuels, dans le respect de ses caractéristiques culturelles et traditionnelles.