Après quatre courts métrages à succès qu’elle a produits pour le réalisateur Morad Mostafa, ils ont réalisé leur premier long métrage, « Aisha ne peut pas voler », sélectionné l’an dernier au Festival de Cannes dans la catégorie d' « Un Certain Regard ». La productrice égyptienne Sawsan Yusuf participe au programme Berlinale Talents et cherche à en tirer parti pour franchir de nouvelles étapes professionnelles.
Comment vous avez été sélectionnée à Berlinale Talents ?Cela remonte à des années. J’ai postulé pour la première fois à Berlinale Talents lorsque j’ai produit mon premier court métrage, « Hennat Ward » (fr. "Rose au henné"). Je savais que le programme acceptait des talents ayant déjà franchi des étapes importantes dans leur carrière, mais j’ai continué à postuler chaque année et j’ai essuyé quatre refus. Finalement, j’ai été acceptée cette année, après que le premier long métrage que j’ai produit, «Aisha ne peut pas voler», a été sélectionné à Cannes l’an dernier.
Mais ce n’est pas la première fois qu’un de vos films est sélectionné à Cannes. Le court métrage « Issa » a participé à la Semaine de la Critique et a remporté un prix ?
À l’époque, c’est le réalisateur du film, Morad Mostafa, qui a été choisi pour participer à Berlinale Talents. Après le long métrage, ils ont enfin sélectionné la productrice. Honnêtement, je sens que ce moment est le plus approprié dans mon parcours professionnel, car je souhaite aujourd’hui me libérer de l’idée de produire uniquement pour Morad Mostafa — mon mari et partenaire artistique — et produire également des films pour d’autres réalisateurs. Ce n’est pas par lassitude de ne plus voulair travailler avec Morad, mais par désir d’élargir mon horizon et d’explorer de nouveaux univers. J’espère que la Berlinale m’aidera dans cette démarche, en plus bien sûr de rencontrer des coproducteurs potentiels pour le deuxième film de Murad, « Animaux », dont je pense que le financement sera plus difficile que pour le précédent.
Comment le financement d’un deuxième film peut-il être plus difficile que celui d’un premier ?
Cela peut paraître étrange, mais l’industrie est aujourd’hui obsédée par ce qu’on pourrait appeler la « virginité du réalisateur ». Tout le monde veut découvrir un nouveau talent et le présenter au monde. L’expérience du premier film peut être réussie, mais elle peut aussi rendre certains hésitants à travailler avec vous — soit parce qu’ils n’ont pas aimé le film, soit parce qu’il n’a pas répondu à leurs attentes, soit parce qu’ils pensent que vous êtes déjà lié à certains partenaires de production et que vous n’avez pas besoin de leur soutien. Et bien sûr, à partir du troisième film, on entre dans un tout autre univers, car la plupart des fonds de soutien sont destinés aux premiers et deuxièmes longs métrages. Jusqu’à présent, j’ai le sentiment que le deuxième film est plus difficile que le premier.
Vous avez participé à de nombreux programmes de développement de films et de scénarios. Avez-vous déjà participé à des programmes de développement personnel des talents ?
L’expérience est totalement neuve pour moi. Ce que j’aime dans Berlinale Talents, c’est qu’il favorise le réseautage et permet de nouer des relations avec des personnes qu’il serait difficile de rencontrer dans un parcours professionnel traditionnel. Je me sens un peu perdue face au choix entre les nombreuses conférences, ateliers et opportunités proposés par le programme, mais je me concentrerai principalement sur la coproduction internationale. Je mettrai également l’accent sur le fait de me présenter aussi comme scénariste — j’ai coécrit « Aisha ne peut pas voler » et d’autres films — car je pense que cet aspect de mon travail est moins connu que mon rôle de productrice.
« Aisha ne peut pas voler » peut être classé comme un film de genre, voire d’horreur. Pourquoi avoir choisi de débuter dans le long métrage avec un genre aussi rare dans le cinéma arabe ?
J’aime les films d’horreur depuis toujours. Lorsque j’ai commencé à travailler, mon objectif était de réaliser des films que j’aurais encore envie de voir vingt ans plus tard avec le même enthousiasme. Le choix n’a pas été simple, nous avons pris le temps d’y réfléchir. D’ailleurs, l’idée de notre nouveau projet, « Animaux », était déjà présente et nous avons hésité entre lui et Aisha pour décider par quel film commencer. Il n’a pas été facile de convaincre les partenaires, notamment en Égypte, où le projet leur paraissait différent de ce qu’ils avaient l’habitude de financer. À l’étranger, c’était plus simple ; le film a même été mieux accueilli que lors du fin de production. Peut-être avons-nous réalisé un film légèrement différent de ce que certains attendaient.
Cela signifie-t-il que si vous pouviez revenir en arrière, vous changeriez certains choix concernant « Aisha » ?
Absolument pas. Nous sommes satisfaits de tout ce qui concerne le film et nous attendons avec impatience la prochaine étape : la réalisation de « Animaux ». Depuis notre premier court métrage, une question nous obsède : comment les êtres humains se comportent-ils lorsqu’ils sont placés sous pression, et qu’est-ce qui induit la violence entre eux ? Il est probable que nous continuerons à explorer cette idée qui nous passionne.
Février 2026