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Soudan
La génération qui ne fait rien

Ehrenamtliche Arbeit in Khartum, Sudan
@ C. Faris Elshegil

La chaleur enflamme leurs visages et les critiques sévères les encerclent. Ils ont fait face à toutes les crises possibles: des guerres, des conflits qui ont déchiré leur pays, des crises économiques, et des problèmes dans les domaines de la santé et de l'éducation. C'est une génération qui a le sentiment que des malheurs pourraient tout le temps se produire, mais qui pourtant ne se calme jamais. Cette génération de jeunes soudanais qui affronte les difficultés à sa propre façon, comment répond-elle aux générations précédentes qui l'accusent de ne rien faire?

De Abdelsalam Alhaj

On réalise, en observant la société soudanaise, qu'un conflit existe dans la relation entre la génération de jeunes et celle d'aînés. Un conflit qui se manifeste de plusieurs manières: intellectuellement, culturellement, socialement et politiquement. Tandis que la génération d'aînés a connu une vie stable où ils ont eu des emplois stables et où la fonction publique et le secteur public se sont nettement développés, la génération actuelle de jeunes n'assiste qu'à des catastrophes: une économie qui s'effondre et un taux de chômage qui, cette année (2017), est monté jusqu'à 19.6%. Les coups d'Etat militaires que le Soudan a connu ont cumulé tous ces aspects vers la rébellion, chose qu'on peut voir comme un acte de déplacement par la force ou, au moins, comme un acte de refus.

"Il y a six ans, mes ambitions étaient simples et modestes. Mais après m'être engagé dans le travail bénévole, mes idées ont considérablement changé". C'est avec cette phrase et sur un ton plein de certitude que Khaled Sarag, un jeune homme dans la vingtaine, décrit ses débuts dans le volontariat.

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Abdelsalam Alhaj

Khaled Sarag a commencé sa carrière dans le volontariat avec le groupe "Education Sans Frontières".

Récemment, le volontariat au Soudan a connu une émergence des jeunes. Ils sont actuellement actifs dans plus de quatre milles organisations et groupes de bénévoles et travaillent partout dans le pays notamment dans les secteurs de l'éducation, de la santé, de la culture et des arts, des secours d'urgence et de prévention des catastrophes. Il existe également de nombreuses organisations, associations et maisons de jeunes qui sont actives dans le domaine du renforcement et de la mise à niveau des capacités des jeunes, dont, entre autres, le centre de développement "Gesr", le "Forum de la Jeunesse" et l'association "Yalla Nbader".

La loi sur les associations bénévoles au Soudan fut adoptée en 1957 dans le but d'enregistrer les associations caritatives bénévoles et en réglementer l'activité. Avec l'évolution de la vie sociale, le mouvement de volontariat s'est élargi et s'est de plus en plus répandu et de nombreuses associations, organisations et initiatives ont été créées. Mais tout cela a changé dès l'arrivée au pouvoir des islamistes en 1989 suite à un coup d'Etat militaire. Ces dernières années, le travail est devenu de plus en plus restreint et plusieurs organisations de la société civile œuvrant au Soudan ont été suspendues par le gouvernement.
 
Khaled pense qu'on assiste actuellement à l'âge d'or du volontariat au Soudan. D'après lui, ce secteur a gagné le soutien de la société soudanaise et a su attirer un large éventail de jeunes. La détérioration de l'état actuel au Soudan qui se manifeste par la dégradation, année après année, des institutions et de la situation politique, a mené de plus en plus de jeunes à trouver d'autres moyens et solutions dont le volontariat. En outre, les réseaux sociaux ont considérablement poussé ce secteur vers l'avant et sans dépenses majeures.
 

Essor et croissance

 
Plusieurs chercheurs du secteur d'action civique affirment que le volontariat est l'une des caractéristiques de la prospérité d'une nation. A ce propos, Abdel Rahim Belal, chercheur en société civile, trouve que "le Soudan est un pays où l'esprit du volontariat ainsi que de nombreuses organisations bénévoles existent énormément, ce qu'on appelle récemment dans la littérature du développement "le capital social". Mais le défi consiste à savoir investir ce capital social dans une révolution scientifique, une révolution au niveau des compétences techniques et du comportement nécessaire à la mise en pratique des politiques à base scientifique et des projets qui servent les intérêts des peuples".
 
C'est grâce à cet essor mais aussi à cause du faible niveau d'éducation au Soudan qu'est apparu en 2011 le groupe "Education Sans Frontières", considéré comme l'un des groupes bénévoles les plus actifs dans le domaine de l'éducation. Le groupe se base sur la philosophie des mouvements de changement social; il cherche à renforcer le rôle de la société dans le domaine de l'éducation afin que le groupe s'élargisse et comprenne la société toute entière puis s'y fonde et disparaisse laissant une société qui se préoccupe constamment de la question de l'éducation.
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Abdelsalam Alhaj
 
"Education Sans Frontières" a lancé plus de dix projets différents. Roh Nasser dit: "Nos interventions bénévoles sont menées par des jeunes et cherchent à présenter un modèle à la société et à la faire participer activement. Il est donc essentiel que le groupe adopte des méthodes de travail simples et qui ressemblent à cette société".
 
Quand on parle de volontariat au Soudan, on ne peut ignorer l'initiative "Rue des Accidents" qui cherche à fournir le traitement et les soins médicaux aux enfants malades. L'initiative a réussi en 2015 à fournir une unité de soins intensifs chez l'hôpital pour enfants Mohamed Al Amin Hamed à Omdourman avec un budget de plus d'un milliards de livres soudanaises, et ses activités se sont étendues vers plus de vingt villes soudanaises.


Youssef Hendoussa, membre de l'initiative "Rue des Accidents" estime que la réalité vécue ainsi que l'importance de la santé des enfants les ont poussés à consacrer tout leur temps libre pour l'aide des enfants malades, car ce sont eux l'avenir de ce pays. Quant au système de travail de l'initiative, Youssef explique que "les volontaires sont répartis en fonction de leur temps libre sur un emploi du temps hebdomadaire qui comprend toutes les heures de la journée afin de garantir la présence d'au moins un volontaire à n'importe quel moment". Pour ce qui concerne le soutien matériel, il ajoute que "les besoins sont couverts grâce aux donateurs qui suivent la page Facebook de l'initiative".
 

La lutte pour le pouvoir et la prise de commandement
 

Certain estiment que la lutte entre générations au Soudan est une lutte pour le pouvoir et la prise de commandement. D'après eux, c'est parce que la génération d'aînés s'est cramponnée au pouvoir et ne l'a partagé qu'avec très peu de jeunes que la situation s'est aggravée et que le conflit s'est exacerbé. En effet, depuis les années 1960, les dirigeants des partis majeurs n'ont changé qu'à cause de décès, et ceux encore vivants restent jusqu'à notre jour en tête de leurs partis respectifs.
 
Le photographe Khaled Bahr parle de ce qu'il appelle "supériorité d'âge", un état d'esprit qui, d'après lui, existe chez la plupart des secteurs de la société soudanaise et est à l'origine de cette attitude de supériorité envers les nouvelles générations. Bahr ajoute que "la plupart des soudanais qui ont vécu l'âge d'or du Soudan perçoivent le présent comme une sorte de "ghetto historique" fugace qui tôt ou tard passera et traitent les jeunes comme des misérables".
 

Un désaccord au niveau des concepts

 
L'entêtement est souvent caractéristique de la relation entre les différentes générations du Soudan. Cela est dû, d'une part, aux limites culturelles et sociales qui sont devenues plus strictes qu'avant et plus liées à la religion et donc au concepts de halal et haram, et, d'autre part, au fait que les aînés ont encore une autorité directe sur les jeunes. Le fait que les jeunes essayent de contourner, à l'aide de leurs propres outils, tous ces concepts, ces valeurs sociales et ces coutumes et traditions montre bien l'ampleur de ce désaccord. Un désaccord qui s'est élargi avec le développement des moyens de communication modernes qui a repoussé les limites de la connaissance et favorisé le contact avec les autres sociétés et l'accès à leurs cultures.
 

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Abdelsalam Alhaj

 
 
D'après Malaz Abdel Kader, la lutte de génération n'est qu'une différence au niveau des idées. Elle explique que pour la nouvelle génération les idées des générations plus vieilles sont obsolètes et ne correspondent aucunement aux changements et aux évolutions que connaissent les individus et les communautés.
 

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 Pour Khaled Sarag, la production et la participation active résident dans le volontariat.
 

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De sa part, le jeune réalisateur Meseb Hassouna, fondateur d'une initiative de formation des enfants en réalisation de films, pense que la génération précédente disposait de meilleurs moyens et de conditions plus favorables.

D'après lui, la génération actuelle est capable de marquer la société soudanaise dans le domaine du cinéma. Il ajoute qu' "au cours de trois années, nous avons produit indépendamment plus de 40 courts-métrages à partir d'une initiative de formation des enfants en réalisation de film. Cela prouve que la génération actuelle a beaucoup à offrir à la société soudanaise".
 

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Khaled Sarag, quant à lui, pense que la lutte entre générations n'est pas un problème si important que ça tant qu'elle ne les empêche pas de coexister.

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Hassouna pense que trouver des points d'accord communs aidera à rapprocher les points de vue entre les différentes générations du Soudan.

"Le volontariat a permis de sensibiliser la société soudanaise et a semé chez les jeunes générations la volonté d'agir et de faire bouger les choses. C'est l'un des chemins que les jeunes peuvent prendre vers la restructuration de la société soudanaise", dit Khaled Sarag. Meseb Hassouna, de sa part, pense que la génération d'aînés "doit atténuer sa propre autorité, et les deux générations, nouvelle et vieille, doivent essayer de se comprendre pour qu'il puisse y avoir un mécanisme de dialogue entre les deux camps et arriver à une relation constructive et fructueuse"