Populisme de droite
Un extrémisme de droite qui n'a pas été pensé jusqu'au bout ?

Le vote
Le vote | © fotolia

Les élections européennes de 2014 laissent craindre un revirement à droite. Une interview de Marcel Lewandowksy, politologue et spécialiste du populisme.

Monsieur Lewandowsky, certains partis populistes de droite ont remporté un franc succès lors des élections européennes de 2014, comme le Front National (FN) en France ou le Freiheitliche Partei Österreichs (FPÖ) en Autriche. En Allemagne, l'Alternative für Deutschland (AfD) a obtenu sept pour cent, un résultat respectable pour un nouveau parti. Peut-on comparer l'AfD avec le FPÖ ou le FN ?

La réponse est claire : oui et non. Lorsqu'on examine le programme de l'AfD, on y décèle clairement une composante populiste. Je prends garde de ne pas dire « populiste de droite ». L'AfD se présente comme la voix du grand public contre « ceux d'en haut ». C'est une attitude typiquement populiste et il s’agit d’un trait que ce parti partage avec les autres formations que vous avez citées.

L'AfD est-elle alors populiste de droite ou non ?

Le populisme de droite implique une xénophobie sous différentes formes, qui peuvent aller jusqu'au racisme classique. Par ses membres et son programme, l'AfD ne constitue pas explicitement une formation de droite ou populiste de droite. Cependant, il existe au sein de ce parti certains groupes qui défendent des valeurs très conservatrices, que ce soit en matière d'immigration et d'intégration ou concernant les structures familiales, comme sur la question du mariage homosexuel ou de l’adoption d'enfants par deux personnes du même sexe. Au sein de l’AfD, ces tendances ne se sont toutefois pas encore développées en une position de droite claire, qui pourrait devenir majoritaire.

Les extrémistes de droite veulent abolir le système

Comment différencier populisme de droite et extrémisme de droite ?

Marcel Lewandowsky Marcel Lewandowsky | © René Schnitzmeier Les frontières sont souvent floues. D'un point de vue formel, l'emploi du terme « extrémisme » dépend du degré d'hostilité du parti concerné envers le système. Les partis d'extrême droite, comme le Nationaldemokratische Partei Deutschlands (NPD), s'opposent directement à l’ordre démocratique libéral, même s'ils ne le disent pas ouvertement. Il s'agit de partis qui veulent abolir le système et le remplacer par un ordre nouveau, dans ce cas par la « communauté du peuple ». Cette forme d'extrémisme va même plus loin, elle se manifeste dans la pratique politique, c'est-à-dire dans l'acceptation de la violence, voire dans l'intégration de l'idée de violence dans la conception de la politique. Le populisme de droite promeut certes la xénophobie, en propageant l'idée du « nous étions là en premier », mais il ne va pas jusqu'à prôner la violence. Une fois ce constat dressé, on en vient naturellement à se poser la question suivante : le populisme de droite n'est-il qu'un extrémisme de droite qui n'a pas été pensé jusqu'au bout ?

Qui sont exactement les personnes ou les groupes qui « ne font pas partie du peuple » selon les populistes de droite ?

La réponse dépend du contexte national. C’est aussi pour cette raison que le populisme de droite est très compliqué à définir. Pour certains partis populistes de droite, par exemple, les homosexuels ne font pas partie du « peuple ». D'un autre côté, aux Pays-Bas, il y a eu le cas de Pim Fortuyn, assassiné en 2002. Cet homme politique s'opposait aux musulmans et à l'islam, mais était ouvertement homosexuel. Ses idées étaient également une forme de populisme de droite.

Dans certains pays européens, les populistes de droite ont bien plus de succès qu'en Allemagne. Quelle en est la raison ?

En Allemagne, les partis de droite éprouvent encore aujourd'hui plus de difficultés que ceux des autres pays d'Europe. Tous les partis qui se positionnent à droite des partis populaires conservateurs que sont la Christlich Demokratische Union (CDU) et la Christlich-Soziale Union (CSU) doivent lutter contre l'idée préconçue selon laquelle ils s'inscrivent dans la tradition du national-socialisme. Concrètement, les médias les ignorent ou les stigmatisent. Après les élections régionales de 2004 en Saxe, une interview en studio a été organisée avec le représentant du NPD, dont le parti avait remporté 9,2 pour cent des suffrages. Les représentants politiques de tous les autres partis ont alors quitté la salle. À l’inverse, des personnalités comme Marine Le Pen en France ou Geert Wilders aux Pays-Bas partagent la scène télévisée au même titre que les représentants d’autres partis.

La xénophobie aussi présente au cœur de la société

La faible popularité du populisme de droite en Allemagne ne pourrait-elle pas constituer une autre raison ?

Ce n'est pas parce qu'un parti comme l'AfD est élu et qu'un parti comme le NPD n’a pas beaucoup de succès que je dirais que le populisme de droite est moins prononcé parmi les électeurs allemands. De nombreuses études prouvent que la xénophobie ou le rejet de l'homosexualité sont relativement bien ancrés, même dans les groupes que l'on qualifie de « centre de la société ». Toutefois, ces opinions ne se traduisent pas encore concrètement dans le comportement électoral.

Dans quelle mesure les partis populistes de droite changent-ils le paysage politique ?

Même lorsqu'ils participent au gouvernement ou imposent leurs exigences via des référendums, comme en Suisse, ils ne portent pas atteinte aux piliers fondamentaux du système. Ils se positionnent cependant en faveur d'une législation plus stricte sur l'asile, l'immigration et l'intégration, ce qui déclenche une réaction des partis établis. Par exemple, le renforcement de la loi allemande sur l'asile, au début des années 90, était une réaction aux victoires remportées par les républicains au parlement régional. Les partis populistes ne doivent donc pas nécessairement être au pouvoir pour modifier la politique des partis établis.