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10 ans crise
5 ans la garantie jeunesse: Un bilan en demi-teinte

La réponse européenne : la garantie jeunesse
La réponse européenne : la garantie jeunesse | © Colourbox/ Tashatuvango

Depuis cinq ans, l’Union européenne a développé plusieurs initiatives pour lutter contre le chômage des jeunes avec des résultats mitigés.  

De Loreline Merelle

Le 9 mai 2013, l’Autorité des statistiques grecques (Elstat) publie les derniers chiffres sur le chômage des jeunes. En Grèce, plus de 60% des jeunes sont sans emploi. Six jeunes sur dix. En Espagne et en Italie, les chiffres ne sont guère mieux. Plus de 5 millions de jeunes sont au chômage en Europe. Dans les institutions européennes, ces statistiques produisent un électrochoc.  « Tant pis si l’Union européenne n’a pas de compétence sur le sujet, tout le monde prend conscience qu’il faut que la jeunesse devienne une priorité » raconte l’Eurodéputée écologiste Karima Delli. C’est d’autant plus vrai que cette jeunesse est la « première victime des années d’austérité » imposées par les créanciers européens et internationaux. 

La réponse européenne : la garantie jeunesse

En juin 2013, les 28 dirigeants européens reconnaissent « l’urgence d’agir ». Pour la première fois, l’Union européenne va faire de la lutte contre le chômage des jeunes la priorité numéro 1. Réunis à Bruxelles le 27 et 28 juin, les dirigeants européens « appellent à mobiliser toutes les énergies » sur cet objectif. Le contexte y est favorable. En avril, l’Union européenne a adopté une recommandation pour établir une garantie jeunesse. Cette garantie s’adresse directement aux jeunes qui n’ont fait ni formation ni études (NEET) et qui sont sortis du marché du travail. En quatre mois, ces jeunes, les plus démunis face à la crise financière, doivent avoir accès à un emploi, un stage, une formation ou un apprentissage. En Grèce, en Italie et en Espagne, leur nombre est égal ou supérieur à 10% de la population active.
 
À  Bruxelles, la garantie jeunesse est approuvée en un temps record avec une enveloppe de près de six milliards d’euros. « On dit souvent que l’Europe n’a pas été rapide. Or ce texte a battu tous les records » explique Elisabeth Morin Chartier, députée française du Parti Populaire Européen (PPE). La garantie jeunesse est associée à une séries d’initiatives plus réduites visant à favoriser le financement de formation à l’étranger et le recrutement de conseillers spécialisés sur la jeunesse. Mais cette garantie a-t-elle atteint son objectif ?

Un bilan en demi-teinte

Cinq ans après, le bilan est plutôt mitigé. Selon la Commission européenne, la garantie jeunesse a permis le retour sur le marché du travail de près de 13 millions de jeunes en trois ans (4,5 millions par an).  « Depuis 2014, chaque année environ 5 millions de jeunes se sont enregistrés pour la Garantie jeunesse, et 3,5 millions ont reçu une offre d'emploi, de stage ou de formation » explique le porte-parole de la Commission européenne, Christian Wigand. « Il y a maintenant moins de 2,4 millions de jeunes au chômage qu’en 2013, et moins d’1,7 millions qui n'ont pas d'emploi ou de formation ». Or ces chiffres cachent une réalité moins reluisante. La mise en œuvre de la garantie a en effet été très inégale entre les pays européens qui n’ont pas tous joué le jeu. Certains ont choisi de ne pas utiliser  l’enveloppe octroyée.
 
C’est notamment le cas de certains pays d’Europe de l’Est. « Beaucoup d’argent n’a pas été utilisé correctement par les gouvernements nationaux » déplore Adam Rogalewski, membre du comité économique et social européen et du syndicat polonais (OPZZ). « En Slovaquie, le gouvernement n’a pas déboursé toute l’enveloppe » explique-t-il. Un cas qui ne serait pas isolé selon lui. Cette politique européenne a aussi souffert d’un manque de reconnaissance de la part des pays européens qui n’ont pas mis en avant, « comme souvent », le financement des projets réalisés.

La précarité laissée pour compte

Ce constat est partagé par la Cour des comptes européennes. En 2017, la gardienne des finances européenne produit un rapport accablant, après un audit sur les mesures prises pour les jeunes dans sept Etats-membres, dont la France, l’Italie, l’Espagne, la Grèce et la Slovaquie.  Elle remarque que le taux de chômage reste élevé chez les moins de 25 ans. En juin 2016, il s’élève à 37,2% en Italie, 45,2 % en Espagne et 47,7% pour la Grèce. Surtout, elle déplore l’absence de perspective « durable » du travail fourni par la garantie jeunesse, en l’absence notamment de mécanisme de suivi et même d’une définition commune de ce qu’est « un job de qualité ». En Italie, 54% des bénéficiaires de la garantie jeunesse en sont sortis avec un stage. Au Portugal, seule la moitié des jeunes ont continué à travailler ou à suivre des études six mois après avoir bénéficié de la garantie. En Espagne, à peine un tiers ont véritablement trouver leur place dans le marché du travail. Pour la Cour des comptes, « l’offre n’a pas suivi ».
 
Pourtant, la Commission européenne a multiplié les offres. En plus de la garantie jeunesse, elle crée  en 2016 le Corps européen de Solidarité chargé de rassemblées de jeunes volontaires de toute l’Europe, développe Erasmus Pro pour améliorer la mobilité des travailleurs, et crée le Socle européen des droits sociaux, censé donner plus de clarté sur les conditions de travail des plus précaires. 
 
Des bonnes initiatives qui restent insuffisantes pour les syndicats et ONGs. « La qualité du travail donné est proche de zéro si vous regardez en Pologne ou dans les pays du Sud de l’Europe » explique le syndicaliste polonais. « Au Portugal, les jeunes se font virer au bout de six mois » renchérit Peter Verhaeghe, représentant de l’ONG Caritas Europe.  Entre 2013 et 2017, le nombre de jeunes dans (avec ?) un contrat temporaire entre 15 et 25 ans a augmenté dans toute l’Europe, notamment sous la pression des nouvelles technologies. L’arrivée, entre autres, de nouveaux employeurs comme Deliveroo ou Uber a ainsi étendu le secteur des services, tout en précarisant le travail des jeunes.

Des ressources limitées   

« Beaucoup de jeunes y voient une opportunité et se disent qu’ils verront les charges sociales plus tard » estime Peter Verhaeghe. « La flexibilité dans la protection sociale doit être étendue » estime le représentant de l’ONG Caritas Europe qui s’inquiète également des futures conditions de retraite.   « Il y a un risque que cette génération connaisse une situation bien pire que celle qui part à la retraite aujourd’hui » ajoute ce membre d’une ONG qui estime que l’Union européenne « fait ce qu’elle peut dans les marges dont elle dispose ».  
 
Or une politique européenne de la jeunesse ne peut se développer sans financement. L’ensemble des initiatives prises seront rassemblées dans un seul fond, le Fonds social européen (FSE +), avec une enveloppe de 101,2 milliards d’euros. Les pays européens devront (en) dépenser 10% pour l’emploi des jeunes selon la Commission. Mais l’argent déjà rare risque de manquer dans les prochaines années. Le budget européen pour la période 2021-2027 est revu à la baisse. « Il va falloir se battre pour que le budget soit étendu » estime la députée écologiste, Karima Delli, qui évalue à plusieurs milliards d’euros supplémentaires les besoins nécessaires.