Primo Mauridi bénéficie actuellement du programme « Line 2 Fast-Track » (bourse de relocalisation d’urgence) de l’initiative Martin Roth, un dispositif de soutien destiné aux artistes et aux acteurs culturels en situation d’urgence.
Originaire de Goma, en République démocratique du Congo, Primo Mauridi est un artiste visuel et réalisateur photographe dont le travail se situe à la croisée du cinéma, de la photographie et de l’art contemporain. À travers ses films et installations, il explore les questions de mémoire, de corps, de traces et de transmission, en lien avec l’histoire coloniale, les conflits armés et les rituels africains contemporains.
Dans le cadre de sa bourse, Primo Mauridi travaille sur son nouveau projet « Ngozi Surface ». En swahili, « Ngozi » signifie peau, surface. Dans ce projet, la peau devient le dépositaire des souvenirs, le support des traces de la vie. L'artiste s'intéresse aux cicatrices visibles et invisibles qui s'inscrivent dans la vie des gens au fil du temps. Le corps devient la métaphore d'une surface fragile sur laquelle sont stockés les souvenirs. Ses images s'inspirent de ses propres souvenirs, mais aussi de ceux d'autres personnes. À travers de nombreuses conversations avec des personnes d'âges différents, il explore les traces de la vie, les rides, mais aussi les traces de violence qui s'inscrivent dans la peau sous forme de cicatrices.
En même temps, l’artiste interroge la possibilité d’effacer l’inscription du souvenir. Dans cette perspective, il explore actuellement les rituels de purification ainsi que la nature en tant qu’élément purificateur. À la recherche de la guérison, Primo Mauridi met en scène ses protagonistes dans des environnements naturels, créant ainsi des espaces où chaque personne peut expérimenter le dialogue entre mémoire, corps et paysage.
Primo Mauridi utilise la technique de la superposition. En tant que photographe, il superpose plusieurs niveaux d'image, créant ainsi de nouveaux liens visuels. La superposition de motifs, d'époques ou de perspectives brise et condense les récits linéaires. Il en résulte un espace pictural dans lequel la mémoire, la perception et la réalité se confondent. Tout comme les traces de la vie se superposent sur la peau, Primo Mauridi superpose des images qui se condensent pour former une nouvelle mémoire visuelle.
Primo Mauridi s’est formé de manière hybride, entre pratiques autodidactes, ateliers artistiques et résidences de création, développant une écriture cinématographique singulière, sensible et expérimentale. Son approche privilégie une relation intime avec les sujets filmés et une esthétique contemplative, où l’image et le son deviennent des espaces de réflexion et de réparation symbolique. Ses œuvres ont été présentées dans de nombreux festivals et biennales internationales. Son film Mawe, consacré aux rituels autour des volcans à l’est de la République démocratique du Congo, a été sélectionné à la Biennale de Lubumbashi, à la Biennale de Bamako, aux Rencontres Internationales Paris/Berlin et au festival Court Derrière à Saint-Denis. Il est également le réalisateur de Bila Mask, présenté au Congo Festival à Harlem, un film qui interroge les identités et les héritages culturels à travers des formes contemporaines. Son travail a été exposé à la Maison Africaine de la Photographie, aux côtés de figures emblématiques telles que Malick Sidibé et Seydou Keïta, marquant une étape importante dans son parcours artistique.
L’initiative Martin Roth est porté par l’Institut für Auslandsbeziehungen e. V. (ifa), qui œuvre en faveur de la coexistence pacifique et enrichissante des personnes et des cultures à l’échelle mondiale en tant que partenaire du ministère fédéral des Affaires étrangères de la République fédérale d’Allemagne. L’Initiative Martin Roth (MRI) s’adresse aux artistes et aux acteurs culturels en situation de risque ; elle est financée par le ministère fédéral des Affaires étrangères et mise en œuvre par l’ifa et le Goethe-Institut. Le soutien prend la forme d’une bourse d’urgence et est limité à une durée de trois mois.