Séries allemandes au Canada  Kacken-sur-la-Havel – ou: tirer de la marde dans le fan

Titelmotiv from the Netflix Germany original series Kacken an der Havel (Crap happens), Courtesy of Netflix © 2024 © Netflix, Foto: Anika Molnár

Comment pourrait-on le mieux décrire les mots allemands « zany » et « wacky » ? Excentrique ? Délirant ? Cinglé, dans le bon sens du terme ? Peu importe : ils ont sans doute fusé lors de la présentation de « Kacken-sur-la-Havel » à Netflix. Cette comédie en neuf épisodes, qui raconte l’histoire d’un rappeur raté retournant dans sa région natale du Brandebourg, pourrait être qualifiée d’audacieusement farfelue. Si l’on ne rit pas au bout d’une minute, les créateurs enchaînent avec une scène encore plus absurde, dans leurs efforts inlassables pour déclencher l’hilarité.
 

Toni Fleischer (Anton Schneider, alias Fatoni – un rappeur allemand), un trentenaire blanc un peu rondelet, s’accroche à son rêve d’une carrière dans le rap à Berlin. Mais il travaille désormais dans une pizzeria et fait depuis longtemps figure de dinosaure dans les clubs. C’est là qu’il tente sa chance lors de battles de freestyle, affrontant des jeunes qui ont une génération de moins que lui et qui sont, comme on peut s’en douter, infiniment plus cool. Lorsque sa mère trouve la mort dans un accident pour le moins bizarre, Toni retourne à contrecœur dans sa ville natale de Kacken-sur-la-Havel. Là, il retrouve non seulement sa famille qui le désapprouve, mais aussi Charly (Sky Arndt), son fils adolescent dont il ignorait jusqu’alors l’existence.

Ce résumé vous fait penser à une tragédie ou éveille en vous un sentiment de mélancolie ? Ne vous inquiétez pas : les créateurs de la série, Alex et Dimitrij Schaad, adoptent dès le début un ton espiègle et enjoué. Vera, la mère de Toni, meurt en tentant de sauver un canard coincé dans un arbre pendant un orage – et même cette fin est mise en scène comme un numéro de slapstick doux-amer. Kacken est tout le contraire du village de province moribond que l’on pourrait imaginer. La place du marché semble tout droit sortie d’une carte postale, et l’isolement régional semble avoir donné aux habitants la liberté d’être aussi merveilleusement excentriques qu’ils le souhaitent.

Le personnage excentrique par excellence est sans doute Johnny Carrera, le mari de Vera récemment veuf, interprété par Dimitrij Schaad. Ceux qui ont vu la formidable série Netflix Kleo se souviennent du talent de Schaad pour insuffler un humour pince-sans-rire à chaque scène. Ici, il se révèle une source intarissable d'énergie comique et offre un contrepoint parfait au personnage de Toni, éternellement à plaindre.

Pas vraiment un « Heimatfilm » pour papi 

La mairesse de Kacken s’appelle « Veronica Ferres » – et elle est en effet interprétée par Veronica Ferres. Grâce à d’innombrables films et productions télévisées, l’actrice fait depuis longtemps partie intégrante du paysage du divertissement en Allemagne. Ici, elle se moque elle-même de son statut de célébrité ; elle incarne une version stoïque et inébranlable d’elle-même, qui fait davantage penser à une « dirigeante bien-aimée » qu’à une mairesse élue démocratiquement. C’est peut-être là la manière narquoise qu’ont les Schaad de suggérer que la démocratie n’a pas encore tout à fait gagné la province est-allemande.

Officiellement, c’est Ferres qui tient les rênes, mais l’autorité réelle à Kacken semble revenir à Wes Anderson. L’esthétique visuelle rappelle sans cesse l’un de ses dioramas animés. Ce style se retrouve également dans de nombreux plans : les personnages se tiennent au centre de décors qui ressemblent à des vitrines. Si l’on ajoute à cela le penchant de Netflix pour les étalonnages aux couleurs éclatantes, synonymes de qualité de production, toute image d’un Brandebourg hivernal et gris disparaît immédiatement. Les intérieurs brillent de vert néon et de magenta, comme si les personnages vivaient dans une lampe à lave.

Irrévérentieux, mais jamais condescendant

Kacken-sur-la-Havel met tout en œuvre pour faire rire. Les créateurs remplissent chaque scène de gags à la chaîne et de délicieuses digressions – avec un souci du détail qui frôle l’obsession. Quand autant de blagues s’abattent sur le public, certaines d’entre elles font mouche, forcément. Parmi ces âneries inspirées, on trouve par exemple une cassette VHS des années 90 retraçant l’ascension et la chute de Huso, une marionnette rappeuse, ou encore Toni qui dit sérieusement à son caneton animé nommé Tupac Fleischer : « Je suis désolé d’avoir mis en doute ta crédibilité de gangster. »

Un enseignant de l'école locale présente un nouvel élève venu de Suisse en disant : « Ne vous inquiétez pas, les enfants, ce n'est pas un AVC – ils parlent vraiment comme ça. » Ces mêmes élèves répètent actuellement une adaptation en comédie musicale du film Armageddon, et dans l'un des textes de rap de Toni, « Brusthaar » (poils de poitrine) rime effectivement avec « Zarathoustra ».

Ce déluge d’humour décalé pourrait, dans un premier temps, amener à se demander si Kacken-sur-la-Havel parvient réellement à susciter une véritable profondeur émotionnelle. Mais le fait d’avoir confié le rôle de Charly à une personne non binaire confère à sa quête d’amour et de reconnaissance parternelles un poids nettement plus important. Il en résulte une dynamique trop présente pour n’être qu’un simple sous-entendu. Elle ancre la série dans la réalité et devient progressivement son véritable cœur.

Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres de choix créatifs inhabituels qui donnent à Kacken-sur-la-Havel l’air d’un retour aux débuts du streaming – à une époque où les plateformes osaient davantage essayer de nouvelles choses pour attirer l’attention. La série est peut-être bien ce que l’industrie aime appeler un produit de « niche ». Mais elle nous rappelle de manière sympathique qu’on peut se sentir extrêmement à l’aise dans une bonne niche.

Remarque concernant la traduction anglaise : On ne peut pas le dire poliment : « kacken » signifie tout simplement « chier ». Le titre anglais « Crap Happens » semble donc étonnamment maladroit. « Crap happens » n’est pas une expression courante en anglais. Apparemment, Netflix a voulu éviter la formule nettement plus vulgaire qui serait immédiatement venue à l’esprit de tout le monde.

« Kacken-sur-la-Havel »
(Kacken an der Havel)
9 épisodes d’environ 35 minutes
Avec : Anton „Fatoni“ Schneider, Sky Arndt, Dimitrij Schaad, Jördis Triebel, Runa Greiner, Veronica Ferres
Production: Warner Bros. International Television

 
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