COP  3 min L'ébullition mondiale et l'injustice climatique

Manifestations à la COP27 ©Yasmine El Assal

À l'approche de la COP28, l'excitation est palpable dans le monde entier, soulignant l'urgence d'une coopération mondiale face à l'aggravation des crises climatiques. S'appuyant sur les enseignements de la COP27 de l'année précédente, la communauté internationale se trouve à un carrefour décisif, où les décisions prises lors de la prochaine conférence pourraient redéfinir la trajectoire de l'avenir environnemental de notre planète.

L'année dernière, j'ai eu l'occasion de participer à ma première expérience de la COP en tant que membre d'une équipe représentant un développeur d'infrastructures du secteur privé. Ayant suivi de près les sommets climatiques précédents pendant une période considérable, j'étais impatient de vivre cette expérience. Bien que je n'aie pas été directement impliquée dans les négociations, cette expérience s'est avérée des plus enrichissantes.

En parallèle aux négociations, la conférence offrait un programme dense d'événements parallèles, comprenant des panels et des discussions axés sur l'action en faveur du climat. Les gouvernements et les entreprises ont également saisi l'occasion de présenter leurs solutions tangibles en matière de climat. Il était inspirant d'observer les efforts collectifs de tous les secteurs et de constater les avancées concrètes sur le terrain.

Tous les yeux étaient rivés sur Sharm El Sheikh en novembre dernier, espérant que le sommet déclencherait des actions en faveur du climat. Certains problèmes non résolus des éditions précédentes de la COP étaient à l'ordre du jour, avec l'accent particulier sur les « pertes et dommages ».

QUESTIONS CLÉS NON RÉSOLUES

Malgré les avancées notables de la COP26 l'année précédente, notamment le pacte climatique de Glasgow, qui marquait le premier engagement explicite à réduire l'utilisation du charbon, plusieurs questions clés demeuraient en suspens. La question épineuse de l'élimination progressive du charbon était au centre des débats, les pays ne parvenant pas à s'entendre et optant plutôt pour une réduction graduelle.

Une autre préoccupation cruciale à l'ordre du jour était le financement de la lutte contre le changement climatique, un moteur essentiel pour mettre en œuvre des actions climatiques. Depuis la création des Accords de Paris sur le climat en 2015, l'objectif annuel de financement de 100 milliards de dollars n'a jamais été atteint.

Lors de la COP27, la question des pertes et dommages a pris une place centrale avec la mise en œuvre du Fonds pour les pertes et dommages, offrant un soutien financier aux communautés les plus touchées par le changement climatique. Cependant, la pièce manquante du puzzle était la décision sur la source de ces fonds, car de nombreux principaux pollueurs de la planète n'avaient pas encore pris d'engagements pour contribuer au fonds.

Parmi les autres réussites, notons le lancement de l'initiative « Avertissements précoces pour tous », une mesure d'adaptation essentielle utilisant des systèmes de communication intégrés pour aider les communautés à se préparer aux risques naturels.

« Place à l'ère de l'ébullition mondiale »

Le sommet n'a malheureusement pas apporté de progrès significatifs en matière d'atténuation. Bien que les pays aient réitéré leur engagement à limiter l'augmentation de la température mondiale et à réduire l'utilisation du charbon, aucun consensus n'a été atteint sur l'élimination ou le retrait progressif de tous les combustibles fossiles. À la place, une disposition encourageant les « énergies à faibles émissions » a été introduite, laissant place à l'interprétation, car elle pourrait englober diverses sources d'énergie, du solaire à l'éolien en passant par le gaz naturel, tant que leurs émissions restent inférieures à celles du charbon. Cela suscite des inquiétudes quant à la possibilité de maintenir le réchauffement mondial en dessous de la barre des 1,5 degré Celsius.

« Place à l'ère de l'ébullition mondiale », a prévenu le secrétaire général Antonio Guterres au siège de l'ONU en début d'année. Cette déclaration n'est pas une hyperbole, car 2023 a enregistré la température moyenne mondiale la plus élevée de l'histoire, avec une hausse de 1,43 degré Celsius au-dessus des niveaux préindustriels, selon l'OMM.

Cette situation a déclenché des catastrophes climatiques, telles que les inondations dévastatrices en Libye, les graves sécheresses en Afrique de l'Est et les ravages du cyclone Freddy au Malawi et au Mozambique l'année précédente. La région déjà vulnérable du Moyen-Orient et de la Méditerranée orientale connaît un réchauffement presque deux fois plus rapide que la moyenne mondiale, entraînant des vagues de chaleur sans précédent et aggravant le stress hydrique, mettant en péril la vie de millions de personnes. Ces événements ne sont que quelques exemples des nombreuses catastrophes résultant des changements climatiques et menaçant la vie des populations.

Le changement climatique ne se limite pas à susciter des phénomènes météorologiques extrêmes, il continue de menacer tous les aspects de la vie, des systèmes alimentaires aux économies entières. Cela souligne de manière pressante la nécessité d'une action mondiale, à la fois en termes d'adaptation au climat et d'atténuation de ses effets.

Selon un rapport publié en 2022 par le groupe des Vingt pays vulnérables (V20), qui englobe 68 pays en développement systématiquement vulnérables au changement climatique, il est indiqué que sans les impacts du changement climatique, ces pays auraient été 20 % plus riches. Au cours des deux dernières décennies, les économies des V20 ont subi des pertes d'environ 525 milliards de dollars directement attribuables au changement climatique.

La justice climatique est cruciale pour une action climatique efficace et résiliente, compte tenu du fardeau évident qui pèse sur les nations les plus vulnérables, subissant des conséquences disproportionnées. Les pays du Sud supportent le poids de notre inaction, et les mauvaises actions peuvent être tout aussi dévastatrices que l'inaction. L'exploitation des populations autochtones et des pays pauvres est une réalité déconcertante. Par exemple, l'augmentation de la demande de cobalt dans le cadre de la transition énergétique a conduit à des abus envers les mineurs congolais, travaillant dans des conditions déplorables sans que leur pays en tire de grands avantages. Dans le cadre de la lutte contre le changement climatique, il est impératif de remédier à ces injustices pour garantir un avenir durable et équitable.

Dans quelques jours, les Émirats arabes unis prendront le relais de ce que l'Égypte et toutes les COP précédentes ont entrepris. Cependant, à mesure que nous approchons de ces échéances cruciales, il est impératif d'agir rapidement.

DE GRANDS ESPOIRS POUR LA COP28

En amont du sommet de cette année, des négociations intérimaires menées par le comité de transition ont tenté de parvenir à des résolutions sur le fonds des pertes et dommages. Ces discussions ont abouti à une décision de confier à la Banque mondiale la responsabilité de rendre le fonds opérationnel pour une période intérimaire de 4 ans. Bien que le montant précis du financement ne soit toujours pas clairement spécifié, la COP28 suscite de grands espoirs quant à l'obtention d'engagements concrets de la part des pays développés pour fournir ces fonds.

L'un des objectifs principaux de la prochaine session de la COP sera la réalisation du tout premier bilan mondial (GST), visant à évaluer dans quelle mesure nous sommes éloignés de l'atteinte de nos objectifs. Il est un fait connu que nous sommes encore très loin de ces objectifs, mais le GST vise à mesurer les progrès réalisés et à établir un plan de redressement pour guider nos actions à venir.

La nomination de Sultan Al Jaber au poste de président de la COP a suscité de nombreuses critiques, notamment en raison de sa position de PDG de la compagnie pétrolière nationale des Émirats arabes unis. Cette nomination soulève des préoccupations légitimes concernant les conflits d'intérêts potentiels et le risque d'écoblanchiment. Bien que les Émirats arabes unis aient renforcé leur engagement envers les énergies renouvelables, leur absence de plans concrets pour réduire l'extraction des combustibles fossiles soulève des interrogations sur la crédibilité de M. Al Jaber pour diriger des discussions impartiales. Cependant, son expérience dans le secteur privé pourrait lui permettre de diriger efficacement les négociations sur le financement de la lutte contre le changement climatique, facilitant ainsi la mobilisation du secteur privé en faveur de l'action climatique et l'accès aux capitaux et aux ressources technologiques nécessaires.

Le programme de la COP28 met l'accent sur quatre changements de paradigme majeurs : accélérer la transition énergétique, transformer le financement climatique, placer la nature et les populations au cœur de l'action climatique, et promouvoir une COP plus inclusive que jamais. Les jours à venir révéleront comment ces objectifs se matérialiseront dans la pratique.

Effectivement, la tâche qui nous attend n'est pas facile, mais les enjeux sont plus cruciaux que jamais. Pour forger la voie vers un monde durable et résilient, nous devons entreprendre une révision approfondie et renforcer nos contributions déterminées au niveau national (CDN) d'ici 2030. Cela nécessite l'élaboration d'une feuille de route claire orientée vers des objectifs alignés sur les accords de Paris. La mobilisation des financements pour la lutte contre le changement climatique revêt une importance capitale pour accélérer la mise en œuvre d'une action climatique globale. C'est une étape essentielle pour assurer la transition vers des sources d'énergie durables, préserver les écosystèmes et promouvoir une agriculture ainsi que des systèmes alimentaires résistants au changement climatique.  Pour instaurer un changement véritablement durable, il est impératif d'adopter une approche globale. Cela implique de placer les populations au cœur de la solution, tout en reconnaissant l'interconnexion des différents facteurs environnementaux, sociaux et économiques. Le moment est venu de transformer nos engagements en actions concrètes, en travaillant de concert pour relever le défi de la crise climatique mondiale et promouvoir le développement durable.

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