Si vous cherchez une pause dans la guerre des sexes, Netflix n’est certainement pas ce qu’il vous faut. Dans « De mâles en pis », quatre hommes perdent leurs anciens privilèges et cherchent leur place dans un monde nouveau. Le choc des cultures commence quand on tient la main de son meilleur ami, et il est loin de se terminer par une soirée coquine à laquelle participent des parents à la retraite. Que c’est bon de sourire au lieu de s’indigner.
Évidemment, on ne laissait pas les femmes s’approcher des marmites fumantes des privilèges. Les alpha‑gauchistes Gerhard Schröder et Joschka Fischer en étaient à leur quatrième mariage — et sûrement pas au dernier. Et Thomas Heinze nous apprenait, avec Allein unter Frauen (traduction littérale : Seul parmi les femmes), que les attitudes machistes avaient peut‑être fait leur temps, mais qu’au fond même les colocs féministes les plus coincées (!) ne voulaient qu’une seule chose (!!). Morale de l’histoire : un « cow‑boy féministe » n’a jamais abattu un mammouth ! Tout cela remonte à fort longtemps. Aujourd’hui, Heinz‑Rudolf Kunze est pris d’une crise d’urticaire à la simple évocation de l’écriture inclusive. Non seulement on a inventé la « culture de l’annulation », mais on l’applique en série. Dans la lutte des genres, il n’est plus seulement question d’équité, mais de justice. Et les guerriers de la culture ne parviennent même pas à s’entendre sur le nombre de genres à inviter aux pourparlers de paix. Mon Dieu que c’est compliqué !
C’est dans ce climat sinistre que Netflix lâche sur nous, adeptes de l’évasion en quête d’une pause dans les chamailleries, la série en huit épisodes De mâles en pis. Cette adaptation allemande d’une série originale espagnole raconte l’histoire de quatre amis dans la quarantaine. Leur place dans la hiérarchie des genres leur assurait jusqu’à présent une domination bien établie, poitrine velue à l’appui. Mais soudain, tout cela est fini.
Le petit-bourgeois Andi (Moritz Führmann) voit sa femme, pourtant tout aussi petite‑bourgeoise que lui, redécouvrir très librement les plaisirs du sexe — mais en dehors du mariage. Et Cem (Serkan Kaya), thérapeute, ose enfin se replonger dans la jungle du dating après deux ans de deuil post‑divorce, pour constater que le monde n’a plus rien à voir avec celui de 1997.
Jusqu’ici, tout est réaliste : aucun des quatre n’a commis quoi que ce soit qui mériterait vraiment d’être cancelled. Les anciens insignes du pouvoir masculin ne valent tout simplement plus rien. La pomme d’Adam impériale s’est couverte de patine il y a un moment déjà, mais Ulf et les autres ne l’avaient pas remarqué. Il n’y a pas si longtemps, la reconnaissance sociale pendait tout bonnement entre les jambes. Et soudain, les voilà obligés de la mériter par un comportement irréprochable.
Voir ces quatre grands amis tenter de rattraper vingt‑cinq ans de sommeil profond vaut bien plus qu’un sourire. Chacun à sa manière, mais tous ensemble, ils tentent de répondre à la question : à partir de quand, déjà, un homme n’était‑il plus un homme bien Les quelques dérapages vers le cringe (du slapstick avec un plug anal !) seront volontiers pardonnés à l’équipe du writer’s room — Arne Nolting, Jan‑Martin Scharf, Tanja Bubbel et Fabienne Hurst. Là non plus, ne soyons pas plus catholiques que le pape : par exemple quand on y va de clichés de genre faciles (la femme d’Andi a une aventure — accrochez-vous bien ! — avec son en‑traî‑neur per‑so‑nnel). Le véritable mérite de la série De mâles en pis est de se passer de toute autosatisfaction morale. Et ce n’est pas rien, à une époque où l’indignation guette à chaque coin de rue. Lorsque Ulf s’égare brièvement sur les traces d’Andrew Tate et anime des séminaires tschakka pour masculinistes pleurnichards, il aurait été facile de sacrifier le personnage sur l’autel du moralisme bien‑pensant. Mais on le laisse tranquille.
Autre point réconfortant : seuls Ulf et Erik, Andi et Cem n’ont pas compris le message. Le reste du monde s’en sort plutôt bien. Il n’y a pas si longtemps encore — Seigneur, pardonne-nous ! —, les séries télévisées insistaient sur le fait que la femme, qu’on accuse de tous les maux, devait d’abord se reprendre en main pour que l’harmonie puisse être rétablie.
Les gens avisés se creusent quotidiennement la tête pour trouver le moyen d'empêcher la famille mondiale de se désagréger. De mâles en pis nous montre que le fait d’envoyer des séries comiques légères sur le front de la guerre culturelle ne peut certainement pas faire de mal.
« DE MÂLES EN PIS »
Huit épisodes de 35 minutes
Avec: Tom Beck, Moritz Führmann, Serkan Kaya, David Rott, Mona Pirzad, Franziska Machens, Marleen Lohse, Jaëla Probst, Valentina Leone
Réalisation: Jan-Martin Scharf, Tobi Baumann
Scénario: Arne Nolting, Jan-Martin Scharf, Tanja Bubbel, Fabienne Hurst
Producteurs exécutifs : Hana Geißendörfer, Jan-Martin Scharf, Arne Nolting
Production: Hana Geißendörfer, Geißendörfer Pictures GmbH
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