Contes de fée et films fantastiques   Des mondes enchantés et des animaux magiques

Collage de différents personnages issus de contes allemands et de films fantastiques sur fond bleu clair avec des demi-anneaux bleu clair. © plus3mm

Des films en papier découpé au blockbuster fantastique mondial : les films allemands inspirés de contes de fées et les films fantastiques font partie des genres les plus anciens et les plus versatiles de l'histoire du cinéma. Entre les productions s’appuyant sur les contes des frères Grimm, les paraboles de la DEFA et les coproductions internationales se développe un cinéma dont le rayonnement dépasse largement les frontières nationales.
 

Du films en papier découpé à la fantaisie transculturelle

Les films de conte de fées font partie des formes narratives les plus anciennes du cinéma – un répertoire de personnages symboliques, d'espaces magiques et de conflits moraux qui n'a cessé de se réinventer depuis l'époque du cinéma muet. En Allemagne, ce sont surtout les contes des frères Grimm, de Wilhelm Hauff ou de Hans Christian Andersen, ainsi que les légendes régionales ou les récits des Mille et Une Nuits qui ont servi de modèles. Beaucoup de ces histoires ont été et sont encore adaptées dans le monde entier.

Tandis que les pionniers du cinéma tels que Georges Méliès créaient des tableaux fantastiques en France, les premières adaptations cinématographiques de contes de fées voyaient le jour en Allemagne, puis aux États-Unis, donnant le ton pour le siècle à venir. Aux États-Unis, un cinéma populaire et mélodramatique inspiré des contes de fées s'est développé très tôt, tandis que l'Europe s'est davantage appuyée sur les traditions littéraires et théâtrales. Fritz Lang s'est inspiré du mythe germanique des Nibelungen pour porter à l'écran la saga Les Nibelungen (1924), dont le scénario a été écrit par Thea von Harbou. Ce film, le plus cher de l'histoire encore jeune du cinéma allemand, a remporté un grand succès auprès du public grâce à des astuces et des effets visuels innovants.

Les Aventures du prince Achmed (1926) de Lotte Reiniger constituent un sommet artistique de l'entre-deux-guerres. Il s'agit non seulement du plus ancien long métrage d'animation conservé au monde, mais aussi d'un exemple paradigmatique de transculturalité en matière de cinéma fantastique. La technique du papier découpé utilisée par Reiniger a influencé les langages internationaux de l'animation, notamment les premières productions de Disney telles que Blanche-Neige et les Sept Nains (1937, David D. Hand) et les adaptations récentes de Harry Potter. À partir des années 1930, avec l'avènement du cinéma parlant, commence l'âge d'or d'Hollywood, qui influencera de plus en plus les productions occidentales.

Alors qu'aux États-Unis Victor Fleming créait avec Le Magicien d'Oz (1939) une épopée musicale et fantastique en Technicolor – dont l'écho se fait encore sentir aujourd'hui –  l'Allemagne nazie tournait le dos à la diversité narrative : les contes de fées étaient simplifiés, instrumentalisés et dépouillés de leur ambivalence. 

Faits intéressants

  • Les Aventures du prince Achmed (1926) n'est pas seulement le plus ancien long métrage d'animation conservé, mais il a également été animé à l'aide de silhouettes découpées à la main sur plusieurs niveaux, une technique que Disney a ensuite reprise.
  • En 1916, Paul Wegener (L'Étudiant de Prague, Le Golem) impressionna tellement la jeune Lotte Reiniger avec sa conférence sur l'avenir du cinéma qu'elle se lança elle-même dans le septième art et travailla peu de temps après avec lui.
  • Les films de la DEFA inspirés de contes de fées ont connu un grand succès à l'exportation : certaines années, Cendrillon a été diffusé plus souvent en Norvège qu'en Allemagne.
  • Avec un budget de 60 millions de marks allemands, L'Histoire sans fin a constitué la production ouest-allemande la plus coûteuse de son époque. Les effets spéciaux ont été réalisés dans les studios Bavaria, bien avant que le site ne soit considéré comme le « Hollywood allemand ».
  • Petite Maman a été adapté plus de 15 fois au cinéma à travers le monde, notamment dans The Parent Trap avec Lindsey Lohan (1998, Nancy Meyers), mais aussi pour la télévision japonaise sous la forme d'une série animée en 29 épisodes intitulée The Two Lotties (1991).
  • L'École des animaux magiques est devenu le film allemand pour enfants le plus populaire de ces dernières années et le premier film pour enfants à recevoir le Prix du cinéma allemand en 2022.

Après-guerre et division dans le monde des contes

Ce n'est qu'après la guerre que ce genre cinématographique a refait surface dans l'Allemagne divisée, mais de manière très différente. La DEFA a utilisé les films inspirés de contes de fées pour véhiculer des codes sociaux : Cœur de pierre (1950) associait une parabole morale à une dramaturgie opulente en couleurs. L'histoire du petit Muck (1953) est devenue le plus grand succès du cinéma allemand inspiré de contes de fées, mais ce film doit être considéré aujourd'hui d'un œil critique. Dans Trois Noisettes pour Cendrillon (1973), une coproduction entre la Tchécoslovaquie et la RDA, un personnage féminin autonome, issu du conte de Cendrillon, a vu le jour, loin des princesses passives des anciens films de contes de fées allemands et européens, donnant ainsi naissance à un classique de Noël paneuropéen. Si Hollywood a très tôt compris que ce genre pouvait devenir une machine à blockbusters, la RFA l’a davantage développé en lien avec les classiques de la littérature pour enfants et un marché télévisuel axé sur les programmes familiaux. Pendant des décennies, les adaptations ritualisées de contes de fées par les chaînes ARD et ZDF ont été diffusées sur les écrans cathodiques de l'Allemagne de l'Ouest.

Les adaptations d’œuvres littéraires pour enfants d'Erich Kästner et d'Ottfried Preußler ont rafraîchi le genre et se sont révélées particulièrement populaires à l'échelle internationale. Ainsi, Émil et les Détectives est devenu un précurseur du genre policier pour enfants, en plus d’être adapté plusieurs fois au cinéma, notamment en 1931 à partir d’un scénario de Billy Wilder pour le marché américain. Petite Maman a connu plusieurs rééditions aux États-Unis sous le titre The Parent Trap (1961/1998).

Petit chef-d'œuvre de l'art de l'animation des années 1980, La petite sorcière (1983, Zdenek Smetana) est une coproduction de la Tchécoslovaquie et la RFA, d'après l'œuvre éponyme d'Ottfried Preußler. Elle a également inspiré le court-métrage en papier découpé de la DEFA (1982, Bruno J. Böttge, Manfred Henke) ainsi que le remake de 2018 de Mike Schaerer, avec des prises de vues réelles, mettant en vedette Caroline Herfurth dans le rôle-titre de la « petite » sorcière.

Magie moderne : tournants féministes et résonance globale

À partir des années 2000, des séries telles que Sechs auf einen Streich (Six d’un coup) ont modernisé le genre. Cette phase a vu davantage de femmes cinéastes passer derrière la caméra et se lancer dans l'écriture de scénarios. Les rôles classiques ont été remis en question et des sous-entendus queer y ont été prudemment intégrés, par exemple dans des personnages secondaires sensibilisés ou dans des arcs narratifs restructurés.

Le genre fantastique a également connu une renaissance dans les années 1980, grâce à des coproductions internationales et des effets spéciaux spectaculaires. L'Histoire sans fin (1984) de Wolfgang Petersen a été un succès mondial, combinant passage à l'âge adulte, mythologie originale et réflexion métafictionnelle sur le pouvoir des histoires. Ses effets spéciaux sophistiqués ont fait de ce film la production ouest-allemande la plus chère de son époque et une référence internationale en matière de cinéma fantastique allemand. Le film s'inscrit dans la lignée des classiques transatlantiques du fantastique tels que The Dark Crystal (1982, Jim Henson, Frank Oz) ou Labyrinth (1986, Jim Henson). Des adaptations ultérieures telles que Momo (1986), Krabat (2008) ou les films Jim Bouton (2018/20) s’inscrivent dans cette approche.

Pendant longtemps, les films adaptés de contes de fées ont reproduit des stéréotypes en matière de genre, d'origine et de normativité ; aujourd'hui, de nombreuses productions rompent avec ces schémas. Les réinterprétations féministes de thèmes classiques, les perspectives queer et les configurations familiales diversifiées font désormais partie intégrante du genre.

Les récents succès auprès du public, tels que L’École des animaux magiques (2021-25), montrent à quel point ces changements se sont intégrés naturellement dans la culture dominante. Les productions Netflix telles que la comédie fantastique Chantal au pays des contes de fées (2024, Bora Dağtekin) s'inscrivent dans la lignée de la franchise à succès Fack Ju Göhte (2013) et tentent de moderniser le genre, en délaissant la télévision pour le streaming.

Les contes européens tels que La Reine des neiges (1844) de Hans Christian Andersen servent encore aujourd'hui de matière première à des phénomènes pop mondiaux, de La Reine des neiges (2013) de Disney à de nombreuses autres adaptations. Les œuvres d'auteur.e.s tels que Michael Ende ou Cornelia Funke sont également portées régulièrement à l’écran à l'échelle internationale.

Dans le contexte international, le cinéma fantastique et inspiré de contes de fées est resté un genre reposant sur le dialogue : les univers visuels et les styles narratifs européens établissent des références esthétiques, les animations nord-américaines définissent les normes techniques et industrielles, et les classiques allemands tels que Les Aventures du prince Achmed ou les contes de fées de la DEFA trouvent un nouvel écho mondial grâce aux archives, aux festivals et aux plateformes de streaming. Ainsi, le cinéma fantastique ne parle pas seulement de mondes enchantés, mais il montre aussi comment les histoires voyagent, se transforment et se renouvellent sans cesse.

Succès Commerciaux

  • L'histoire du petit Muck (1953, Wolfgang Staudte, DEFA) – le film allemand inspiré d'un conte de fées le plus populaire de tous les temps, qui a marqué plusieurs générations dans tout le bloc de l'Est.
  • Coeur de pierre (1950, Paul Verhoven, DEFA) – l'un des premiers films en couleur de la DEFA, grand succès public et précurseur du cinéma socialiste fantastique.
  • Trois Noisettes pour Cendrillon (1973, Václav Vorlíček, Tchécoslovaquie/RDA) – un film culte encore aujourd'hui en Allemagne, en Norvège et en République tchèque.
  • L'Histoire sans fin (1984, Wolfgang Petersen, RFA) – production ouest-allemande la plus coûteuse de son époque, succès mondial dans le genre fantastique.
  • L'École des animaux magiques (2021, Gregor Schnitzler) – série de films pour enfants la plus populaire de ces dernières années en Allemagne, franchise cinématographique bien établie.


STREAMING  (Amérique du Nord, 2025)

  • Les Aventures du prince Achmed (1926) – Criterion Channel, YouTube/Archive.org
  • L’Histoire du petit Muck (1953) – DEFA Film Library, Kanopy
  • Trois Noisettes pour Cendrillon (1973) – Amazon Prime, DEFA Library
  • La petite sorcière (1983) - YouTube
  • La petite sorcière (2018) – Tubi/Apple
  • L’Histoire sans fin (1984) – Max/HBO, Amazon/Apple
  • Momo (1986) – Amazon VOD, Goethe-on-Demand
  • Petit Point et Antoine (1998)
  • Krabat (2008) – Kanopy, Amazon
  • Jim Bouton (2018) – Netflix (rotierend), Amazon/Apple
  • L’Étoile de Laura (2020) – VOD
  • Le Dragon Argenté (2020) – Hulu/Disney+
  • L’École des animaux magiques (2021) – Amazon/Apple
  • Chantal au pays des contes de fées (2024) – Netflix, VOD




 

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