La FIFA promet une Coupe du monde plus durable sur le plan écologique. Pourtant, en 2026, le tournoi sera plus grand que jamais. Les déplacements en avion, la chaleur et les questions sociales, notamment, montrent à quel point il est difficile de mettre en œuvre le développement durable dans le soccer mondial.
La mobilité, principal facteur d'émissions
La question climatique la plus importante ne concerne pas les stades, mais les trajets pour s'y rendre. Les tournois sportifs internationaux impliquent de longs déplacements. Cela vaut également pour les précédentes Coupes du monde. Mais aux déplacements internationaux s'ajouteront de longues distances à parcourir au sein même du tournoi en 2026. Des milliers de kilomètres séparent de nombreux sites de compétition. Parallèlement, l'Amérique du Nord ne dispose pas suffisamment de liaisons ferroviaires susceptibles de remplacer les vols à grande échelle. Le transport devient ainsi le principal facteur d'émissions.Le Championnat d'Europe 2024 en Allemagne a montré à quel point les déplacements pèsent sur le bilan environnemental. Une étude réalisée par l'Oeko-Institut pour le compte du ministère fédéral de l'Environnement aboutit à une conclusion claire : les déplacements internationaux constituent la principale source d'émissions. Bien qu'environ deux tiers des spectatrices et spectateurs présent.e.s dans les stades étaient originaires d'Allemagne, les supporters étrangers – soit seulement un tiers environ des spectatrices et spectateurs – ont généré plus de cinq fois plus d'émissions que tous les supporter.e.s allemand.e.s réuni.e.s. Environ 85 % des émissions générées par la Coupe du monde étaient liées à la mobilité, dont près des deux tiers aux vols.
Ces chiffres ne peuvent pas être directement transposés à la Coupe du monde 2026. Ils mettent toutefois en évidence le problème fondamental : si un tournoi organisé sur un territoire compact comme l'Allemagne génère autant de déplacements, cela vaut d'autant plus pour une Coupe du monde se déroulant dans trois pays.
Le développement durable devient également un enjeu social. Les visas, l'hébergement et les transports rendent le tournoi inabordable pour beaucoup de gens. Seuls les supporters qui en ont les moyens feront le long voyage pour assister à la Coupe du monde 2026.
Des progrès au niveau des stades
La construction et l'exploitation des immenses stades de la Coupe du monde constituent également un enjeu majeur en matière de développement durable. En Amérique du Nord, des progrès concrets ont été réalisés dans ce domaine.Le Mercedes-Benz Stadium d'Atlanta, par exemple, affirme consommer 29 % moins d'électricité que les stades traditionnels. Il est équipé de 4 000 panneaux solaires, produit environ 1,6 million de kWh d'énergie renouvelable par an et est conçu pour réduire sa consommation d'eau de 47 %. Le SoFi Stadium de Los Angeles applique la norme ISO 20121 relative à la gestion durable des événements.
Avec ses 4 000 panneaux solaires, le stade Mercedes-Benz d'Atlanta consommerait, selon ses propres informations, environ un tiers d'électricité en moins que les stades traditionnels. | © Warren LeMay/CC0 1.0
Des 'Hot Cities' plutôt que des 'Host Cities'
La Coupe du monde 2026 devra faire face à un autre adversaire : la chaleur. Plusieurs études scientifiques mettent en garde contre des conditions climatiques difficiles sur de nombreux sites. Une enquête publiée dans la prestigieuse revue scientifique Scientific Reports estime que 10 des 16 villes hôtes sont exposées à un risque très élevé de canicule. Une analyse publiée dans le magazine Sports Medicine va même jusqu'à prédire que 14 des 16 sites seront touchés par des conditions de chaleur extrême. Cela signifie qu'il faudra davantage de climatisation dans les bâtiments, plus de mesures de protection, et que la pression sur les infrastructures et l'approvisionnement en énergie va s'accentuer. Ainsi, des communautés locales et des quartiers de Mexico dénoncent le fait que la pénurie d'eau autour du stade Azteca, qui accueillera le match d'ouverture de la Coupe du monde, s'est encore aggravée en raison des travaux d'entretien menés sur le stade. De même, des organismes publics tels que la Commission nationale de l'eau (Comisión Nacional del Agua, CONAGUA) font régulièrement état de sécheresse et de stress hydrique dans certaines régions du pays.Allemagne : le développement durable ancré au niveau institutionnel
Une Coupe du monde peut-elle vraiment contribuer au développement durable dans de telles conditions ? Des progrès ont indéniablement été réalisés : amélioration des équipements techniques des stades, certifications et stratégies plus claires. Dans certains domaines, la Coupe du monde 2026 pourra être organisée de manière plus respectueuse de l'environnement que les éditions précédentes. Mais c'est précisément son ampleur et sa structure géographique qui montrent que le développement durable se heurte à des limites systémiques lors de méga-événements mondiaux. Tant que la mobilité à distance, l’élargissement du tournoi et l'adaptation au changement climatique ne seront pas systématiquement pris en compte, de nombreuses innovations resteront des mesures isolées et locales. Le développement durable dans le sport de haut niveau international ne sera crédible que lorsque les stades deviendront plus écologiques et que les responsables politiques, les fédérations et les supporters envisageront l'ensemble du tournoi sous cet angle.Une comparaison avec l'Allemagne montre que c'est possible. L'EURO 2024 a été planifié selon les critères environnementaux de l'ONU, c'est-à-dire avec des objectifs clairs dans les domaines de l'environnement, des enjeux sociaux et de la gouvernance. L'UEFA a travaillé sur des thèmes, des mesures et des indicateurs concrets. En Allemagne, le développement durable en matière de soccer professionnel est en outre davantage ancré au niveau institutionnel. La Ligue allemande de football (DFL) a intégré des critères de développement durable dans son système d'octroi de licences. La Fédération allemande de football (DFB) a également adopté des directives contraignantes. À défaut de résoudre tous les problèmes, cela montre une différence : en Allemagne, le développement durable relève davantage d'un cadre réglementaire, tandis qu'en Amérique du Nord, il repose plus souvent sur une initiative volontaire.