Die Toten Hosen   Les gars de la Opel-Gang

Die Toten Hosen mit ihrem legendären Opel Blitz
Le groupe « Die Toten Hosen » avec leur légendaire Opel Blitz. La vitesse maximale atteignait au moins 146 km/h – c'est ce qu'a relevé un radar lors d'une tournée à Elzer Berg ! © JKP

Avec plus de 40 ans de carrière, Die Toten Hosen (Les pantalons morts) est l'un des groupes les plus anciens de la scène punk allemande – et l'un des plus populaires dans les palmarès de ce pays. Comment ont-ils réussi à conserver leur réputation de vrais punks malgré leurs hits classés numéro un ?

Lorsque les Ramones sont venus donner un concert à Düsseldorf, dans l’ouest de l’Allemagne, en 1991, les légendaires cofondateurs du punk n’étaient pas seuls sur scène. Le journaliste musical Michael Wenzel, alors un jeune adulte d’une vingtaine d’années, se souvient : « Mes amis et moi étions dans le public et, bien sûr, on criait “Hey ho, let’s go !”, le début de la chanson Blitzkrieg Bop. Et qui monte sur scène ? Campino, des Toten Hosen. Et il s’écrie : « Mesdames et messieurs, c’est vraiment vrai, les Ramones ! » Il quitte la scène, les gars arrivent, et c’est alors près d’une heure de pure folie. »

Campino, que les Ramones ont choisi pour annoncer ce concert, n'est pas n'importe quel musicien punk. Son groupe, Die Toten Hosen – composé de lui-même (chant), Kuddel (guitare), Breiti (guitare), Andi (basse) et Vom Ritchie (batterie) – est l'une des formations les plus célèbres d'Allemagne. Michael Wenzel connaît bien les origines de leur succès, qui perdure, et leur rôle dans le punk allemand. Il a suivi de près l'évolution des Toten Hosen, d'hier à aujourd'hui.

Des élèves aux cheveux ébouriffés et aux habits colorés

Le groupe ZK, précurseur de Die Toten Hosen, a vu le jour en 1978. Après un seul album, la formation a entrepris une tournée d'adieu, qui a vu la création de Die Toten Hosen en 1982 avec de nouveaux membres. Avec leurs cheveux ébouriffés et leurs habits colorés, ces jeunes, qui allaient encore à l’école, se produisaient sur les scènes underground de Düsseldorf, jouant des accords de guitare qu'ils avaient appris eux-mêmes et chantant des textes à propos de frasques d'adolescents.
Campino spielt Trompete

Il ne se fait pas seulement remarquer en tant que chanteur : Campino en 1980 avec son groupe de l'époque, ZK (Zentralkommitee Stadtmitte), précurseur des Toten Hosen, à la maison des jeunes Buchte à Brême. | © Wolfgang Wiggers / ArchivB.de

Lorsque Die Toten Hosen s’est formé en 1982, Michael Wenzel avait douze ans. C’est chez le frère aîné d’un ami qu’il a écouté leur premier album, Opel-Gang, dont la chanson titre raconte l’histoire d’une bande de voleurs de voitures de marque Opel fuyant la police. À 17 ans, Wenzel a pu assister pour la première fois à un concert du groupe.  Les Toten Hosen ont éveillé sa passion pour le punk : « Ils étaient tout simplement drôles. Ils étaient totalement anarchiques, c'était une musique très rapide, complètement déchaînée. On avait envie de faire partie de la gang : « Wir sind die Jungs von der Opel-Gang, wir haben alle abgehängt! » (On est les gars de l’Opel-Gang, on a semé tout le monde !)

Berlin? Hambourg? Düsseldorf!

Die Toten Hosen n’ont pas vu le jour à Berlin, qui comptait déjà un mouvement punk très dynamique dans les années 1970, ni à Hambourg, qui revendique le titre de « ville de la musique » depuis la longue série de concerts donnés par les Beatles dans les années 1960. Le lieu de leur création, Düsseldorf, semble atypique pour un groupe punk. La ville ne jouissait ni d’une réputation de métropole musicale ni de l’image industrielle et ouvrière à laquelle s’identifiaient de nombreux groupes punk. Düsseldorf était plutôt synonyme d’arts plastiques, de mode et de bourgeoisie. Pour Michael Wenzel, il existe toutefois une bonne raison pour laquelle c’est justement Düsseldorf qui a vu naître l’un des groupes punk allemands les plus célèbres. C’est de là qu’étaient issus les cofondateurs de Kraftwerk, pionniers de la musique électronique, ainsi que les groupes de krautrock Neu! et Fehlfarben, précurseurs du punk : un terreau idéal pour faire ses premiers pas comme jeunes punks. Dans les années 1970 et 1980, le bar Ratinger Hof, situé dans la vieille ville de Düsseldorf, était un lieu incontournable pour la musique expérimentale. Avec ses murs peints en blanc et sa lumière néon aveuglante, il attirait ceux qui voulaient se faire remarquer. C'est là que le groupe Die Toten Hosen s'est formé après la dissolution de ZK.
Der Ratinger Hof in Düsseldorf im Jahre 1978 mit einem Opel Kadett davor.

Le Ratinger Hof en mai 1978. C'est là que ZK a donné son premier concert l'année suivante, et c'était également le lieu de rendez-vous de la scène punk allemande. D'innombrables groupes sont issus de ce milieu, parmi lesquels, outre ZK et Die Toten Hosen, on peut citer Male, Mittagspause, DAF, Fehlfarben ou encore Der Plan. | Ralf Zeigermann, CC BY-SA 3.0 , via Wikimedia Commons

D'abord le punk… et après ?

Die Toten Hosen ont repris à leur compte certaines pratiques des punks des années 1970 : apprendre à jouer de leurs instruments en autodidactes, composer des chansons à boire ou des morceaux aux paroles impertinentes et vulgaires, et prendre position contre l’extrême droite. L’intro de l’une de leurs premières chansons, Modestadt Düsseldorf (Düsseldorf, ville de la mode), s’inspire d’un exercice tiré d’un manuel d’apprentissage de la guitare. Hofgarten (Jardin intérieur) aborde le sexe de manière explicite. Dans la chanson Sascha… ein aufrechter Deutscher (Sascha… un Allemand pur et dur), Die Toten Hosen décrivent un personnage nazi et tournent en dérision sa vision du monde. Pour Michael Wenzel, Zehn kleine Jägermeister (Dix petits Jägermeister) est un exemple sous-estimé de l’une de leurs chansons politiques. À première vue, il s’agit d’une chanson à boire sur une liqueur aux herbes, que les punks peuvent facilement chanter en chœur même après plusieurs verres. En réalité, le groupe y détourne un chant populaire raciste et affirme par là même son rejet de la xénophobie.

D'autre part, leur chanson à boire Eisgekühlter Bommerlunder (Bommerlunder glacé) existe également dans une version hip-hop, Hip-Hop-Bommi-Bop. L’album qui a révélé le groupe, Ein kleines bisschen Horrorschau (Un petit spectacle d'horreur) (1988), accompagnait une pièce de théâtre. Le succès commercial est arrivé avec Auf dem Kreuzzug ins Glück (Croisade vers le bonheur) (1990), qui s’est hissé à la première place des palmarès allemands. Son hit Tage wie diese (Des jours comme ceux-ci) (2012) n’est pas un morceau punk grinçant, mais un hymne que des foules entières peuvent reprendre en chœur lors d’un match de soccer ou une fête estivale.
Mais est-ce encore du punk ? Michael Wenzel tempère : « Vu le niveau actuel des Toten Hosen, on peut dire : c'est un groupe de rock qui a ses racines dans le punk. Je pense que ce qui caractérise le punk, c’est plutôt l’attitude. Avec peu de moyens, on peut accomplir de grandes choses. Ils avaient un rêve, ils ont travaillé pour le réaliser et ce rêve est vraiment devenu réalité. » Il faut également souligner l’engagement social du groupe : « Je crois qu’au final, l’objectif du punk est de cultiver la solidarité, d’être là les uns pour les autres. Une bonne énergie et un bon esprit contre tout ce qui cherche à nous diviser en tant que communauté, à savoir l'extrémisme de droite et la mauvaise politique. » Wenzel ressent également cette solidarité lors des concerts des Toten Hosen. Cela ne signifie toutefois pas que l'harmonie et une ambiance bon enfant y règnent en maître : « Ils ont cette colère saine, cette volonté de changer les choses, d’émouvoir les gens. » L’énergie scénique du groupe en est la preuve : « Campino a toujours été un formidable accro à l’adrénaline. Il grimpe sur le toit d’un chapiteau, par exemple. Et il réalise de véritables cascades. »  

Ce côté terre-à-terre

La carrière des Toten Hosen s'étend sur plus de 40 ans – une durée exceptionnelle pour un groupe punk ; les Sex Pistols n'ont existé que deux ans et demi. Pour Michael Wenzel, la longévité des Toten Hosen tient à l'amitié de longue date qui lie les membres du groupe, qui, à l'exception du batteur Vom Ritchie, font tous partie de la formation depuis le début. Le fait que les Toten Hosen n’oublient pas leurs racines à Düsseldorf et restent, dans une certaine mesure, des habitants ordinaires de la ville contribue également, selon Wenzel, à la pérennité et à la popularité du groupe : « Ce ne sont pas des personnes qui se tiennent quelque part à l’abri des regards. C’est normal de les croiser au quotidien ici en ville, en train de boire une petite bière à la brasserie locale ou même de les voir monter soudainement sur scène pour chanter sous un chapiteau de carnaval. C’est leur manière de vivre. Cette proximité avec le public, ce côté terre-à-terre. »

Arrêter, tout simplement, mais avec éclat

Malgré leur capacité à remplir des stades, Die Toten Hosen sont restés fidèles à leurs origines, donnant des concerts dans des appartements de fans en 2012 et retrouvant, en 2025, le Ratinger Hof, berceau de leur carrière. Comme celui-ci ne pouvait accueillir que 199 spectatrices et spectateurs, un streaming a été mis en place et l’ambiance de concert s’est étendue à toute la rue devant l’établissement. Proches de leur public, engagés et sans scandales personnels, Die Toten Hosen sont considérés, aujourd’hui encore, comme un groupe intègre. Malgré tout, ils ont mis un terme à leur carrière en 2026 avec leur dernier album, Trink aus, wir müssen gehen! (Finis ton verre, il faut qu'on y aille !). Pendant plus de 40 ans, ils ont marqué la scène musicale allemande, tant par leurs succès dans les palmarès que par leurs grandes prestations, notamment en tant que tête d’affiche du festival allemand Rock am Ring. Ils inspirent non seulement des groupes punk de la nouvelle génération comme Feine Sahne Fischfilet (Filet de poisson à la crème légère), mais aussi des formations de hip-hop comme Antilopen Gang (Gang d’antilopes). Ces deux groupes participent à la version bonus du dernier album des Hosen, tout comme Farin Urlaub, membre du groupe Die Ärzte (Les médecins), qui connaît un succès similaire.

Pour Michael Wenzel, cette fin est une fin choisie, et non une fin amère, même si les Toten Hosen aiment d’ordinaire utiliser l’expression Bis zum bitteren Ende (jusqu’à la fin amère) : « Ils avaient aussi cette belle chanson, Wort zum Sonntag (Le mot du dimanche), avec cette phrase : Ich bin noch keine 60 (Je n’ai pas encore 60 ans.) Aujourd’hui, ils ont tous plus de 60 ans et ont modifié les paroles de la chanson à plusieurs reprises. Je pense que s’ils veulent rester fidèles à eux-mêmes, ils doivent tout simplement s’arrêter, mais avec éclat ! Et je ne peux pas imaginer que ce soit vraiment la fin des Toten Hosen, vraiment la fin. Qu’on ne les voie plus du tout, qu’on ne fasse plus du tout attention à eux. Les chansons resteront, l’œuvre restera, et elle continuera à émouvoir les gens. »
Un grand merci à Christian Baumjohann, d'ArchivB.de à Berlin, pour nous avoir fourni la photo de ZK.

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