Célèbre erreur d’impression
Hulk gris – Hulk vert!
« Homme ou monstre? Ou bien est-il les deux? », telle était la question posée sur la couverture de la bande dessinée de Marvel Comics de 1962, The Incredible Hulk #1 (L’Incroyable Hulk #1), esquissant parfaitement l'âme schizophrène du futur personnage principal de Marvel. Pour les adeptes de BD de super-héros, l'Incroyable Hulk est une icône depuis près de 60 ans, et même les non-initiés connaissent ce colosse vert brutal depuis le succès phénoménal des films Avengers de Marvel. Vert ? S’il n’y avait pas eu d’erreur d’impression, l'Incroyable Hulk serait juste gris (et peut-être pas aussi populaire).
Après avoir vu la première édition publiée avec la peau parfois verdâtre, Lee a demandé au coloriste Stan Goldberg de rendre Hulk vert pour la deuxième. Ce qui fut fait: dans la plupart des réimpressions, le Hulk de la première édition est passé du gris au vert, et le « Joyeux géant vert » allait devenir l'un des personnages les plus populaires et les plus complexes de l'univers Marvel. Comme sa peau verte a acquis une importance capitale, cette erreur d’impression s’est avérée en réalité un heureux hasard : on estime que l'anti-héros vert a généré plus d'un milliard de dollars depuis ses débuts en gris grâce aux licences liées à son personnage.
Cette erreur d’impression a non seulement changé la couleur de Hulk mais aussi l'intrigue de la bande dessinée, un changement qui se reflétera dans les futures incarnations du personnage. Le besoin d’expliquer ce changement de couleur a révélé un de ses traits distinctifs: ses différentes manifestations expriment lequel des aspects de la psyché de l’alter ego du protagoniste, Bruce Banner, ce scientifique timide, détermine les transformations complexes menant aux différentes personnalités de Hulk.
Même les caractéristiques de sa peau indestructible sont devenues le sujet d’histoires ultérieures. Le Hulk gris est longtemps resté un motif subliminal chez Marvel Fandom, et en 1986, l'alter ego de Bruce Banner s’est manifesté inopinément en prenant les traits d’un Hulk gris, rusé, qui se faisait appeler « Joe Fixit » et travaillait comme videur à Las Vegas. C'était là l'une des nombreuses personnalités grises de Hulk, et seule une psychothérapie a permis à Banner et à son alter ego de surmonter le trouble dissociatif de l'identité causé par un traumatisme vécu durant l'enfance.
Ainsi, cachée dans l'ontologie de la schizophrénie de Hulk (et de Marvel Comics en tant que tel), le lecteur attentif trouvera une analyse complexe de caractéristiques très humaines. Là où d'autres personnages de Marvel sont aux prises avec une peine d’amour, une perte, des problèmes d'alcoolisme, un traumatisme ou des troubles liés à l'identité sexuelle, ce super-héros incontrôlable est devenu le symbole de la rage intérieure, de peurs latentes, de stress et de tension psychologique non assimilée.
Et lorsque Hulk de MCU (Marvel Cinematic Universe) déclare « C'est mon secret - je suis toujours furieux… » avant de vivre sa transformation la plus spectaculaire lors de la bataille de New York, il apparaît clairement que seuls son intellect et un peu d'amour peuvent contenir ce monstre. C'est là un grand geste pour tout spectateur perturbé par sa propre colère et ses émotions irrationnelles. Peut-être sommes-nous tous « parfois verts, parfois gris, parfois stupides, parfois malins », et c'est dans cette prise de conscience personnelle que réside notre secret.