
« En faisant son entrée dans le domaine de l’art, la photographie a perdu sa spécificité. » Ces mots, prononcés par le critique Klaus Honnef lors d’un débat, résument la difficulté qu’il y a à parler d’une photographie dans l’art ou d’un art dans la photographie.Le « Anything goes » (laisser faire) de la philosophie postmoderne s’est emparé aussi de la photographie. L’artiste Gerhard Richter, par exemple, recouvre d’anciennes photographies ou des reproductions photographiques d’épaisses couches de peinture à l’huile ; d’autres peignent d’après des photos trouvées ou agencées suivant une mise en scène, et qui proviennent de plus en plus souvent de la presse. Mais, le photographe se percevant de plus en plus comme un artiste, on voit se profiler d’une manière générale, et précisément dans ce domaine, une renaissance des sujets classiques, qui suppose toujours une formulation préalable à travers le prisme des images numériques. Prenons quelques exemples pour illustrer tout cela.
Au plus bas de la hiérarchie picturale classique, le paysage était bien, depuis le XVIIe siècle, le genre qui permettait la meilleure exploration des processus picturaux. Il n’en fut pas autrement avec l’apparition de la photographie : en photographiant des paysages, on testa de nouvelles formes de représentation, comme le panorama, le photomontage et l’atténuation des nuances. Au cours des deux dernières décennies, la photographie a instauré et testé des règles de travail similaires sur le simple sujet, de manières absolument différentes toutefois. Comme certains de ses collègues autrichiens, Axel Hütte décline, grâce à des moyens traditionnels, toutes les possibilités de la peinture de paysages et leur représentation romantique jusqu’à ce qu’elles perdent toute signification, c’est-à-dire jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de l’image précédente – et il parvient néanmoins à créer de nouvelles images, tout simplement belles.
Beate Guetschow emprunte une voie radicalement différente et remporte un franc succès, comme en témoignent ses expositions en Europe et aux États-Unis. Ses images sont composées de nombreuses, voire d’innombrables petites images qu’elle a trouvées sur Internet. Et pourtant, elles donnent une impression d’unité. La lumière, le paysage rappellent la peinture néerlandaise du XVIIe siècle, à laquelle l’art doit une autoréférence de la forme et de l’œuvre, qui permet de s’abîmer à la fois dans l’image et le paysage. D’autres travaux de l’artiste montrent une architecture moderne qu’on n’a jamais vue sous cette forme.
Le retour du portrait classique a été proclamé à diverses reprises, mais on le trouve la plupart du temps dissimulé dans des reportages de photojournalistes, comme les photographies de personnalités. L’oeuvre de Walter Schels qui a été portraitiste durant toute sa vie, offre une nouvelle approche, inattendue et répondant à l’esprit du siècle. Ses toutes dernières œuvres, des diptyques accompagnés de textes de Beate Lakotta, présentent des personnes de tous âges, photographiées juste avant et après leur mort.
Par la photographie, la reproduction d’un corps nu est passée d’une forme d’art très prisée – avec toujours, bien sûr, une connotation érotique – à la pornographie. On le voit dans de nombreux travaux d’artistes. L’exemple le plus connu de cette confrontation avec un monde des médias, qui, s’il reste caché n’en est pas moins omniprésent, est une série que l’on doit à Thomas Ruff. Celui-ci commence par reproduire des photographies qu’il trouve sur Internet, les estompe grâce à une technique picturale (déjà définie chez Gerhard Richter comme une transition entre la peinture et la photographie) et les présente dans des formats plus grands que nature, lesquels se réfèrent à leur tour au genre artistique du nu.
La nature morte, cette forme artistique ancestrale, est la seule à s’être fondamentalement transformée avec l’émergence des nouvelles technologies, bien que sa portée se reflète, au moins de loin, dans les nouveaux domaines d’activité de l’art : la représentation de sujets biologiques, que ce soient des animaux ou des plantes. Une grande série de Thomas Struth peut en être l’illustration. Dans ses clichés de végétation, dont on ne sait jamais s’il les a pris en pleine nature, dans des jardins botaniques, dans des musées, ou s’il s’agit de dioramas artificiels, il s’interroge et nous interroge sur l’écologie et la crédibilité des représentations numériques. Mais parfois aussi, ce sont tout simplement de belles photographies.|
Littérature |
Traduction: Marie-Lys Wilwerth et Martine Bloch, Goethe-Institut Paris
Copyright: Goethe-Institut e. V., Online-Redaktion
Avril 2009
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