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Casablanca
Meryem Jazouli, danseuse-chorégraphe

Si d’autres formes de création, d’exploitation ont déjà été trouvées, ce n’est absolument pas ça la vie d’un artiste, la vie d’un théâtre, la vie d’un collectif. La vie des artistes, en particulier dans le monde de la danse, et de manière générale de tous ceux dans le secteur de la culture, c’est d’être au contact des autres, du public, des œuvres, des lieux.

 

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De Meryem Jazouli

Meryem Jazouli © Meryem Jazouli Que symbolise pour vous la situation actuelle d'un point de vue personnel et pour la société marocaine ?

Personnellement, je pense que cette situation est unique, voire extraordinaire au premier sens du terme. Pour la société marocaine ainsi que pour toutes les autres (et c’est aussi en cela que cette situation est absolument inédite), c’est une période d’incertitude, d’inquiétude et d’une certaine forme d’impuissance. Nous sommes pour la première fois et de manière inclusive obligés de composer avec un scénario dont la réalité dépasse de loin tout ce que nous aurions pu imaginer.
 

En quoi la pandémie va-t-elle changer le monde ? Quelles en seront les conséquences à long terme ?

A l’heure où notre monde s’est pratiquement réduit à notre domicile, je ne crois pas qu’on soit vraiment capable de prévoir un quelconque changement en dehors de celui induit par cette tragique période et qui touchera toutes les sociétés tant au niveau économique, que social, politique et bien évidemment aussi au niveau culturel. Je crois que malheureusement le monde ne changera définitivement que pour ceux qui ont subi la perte d’un parent, d’un être cher. Effectivement pour ces personnes, le monde change de manière inéluctable. Pour nous autres qui auront eu la chance d’être préservés de la maladie et de la perte d’un être cher, je suis un peu sceptique. J’aimerais croire au changement sur le long terme et de manière définitive mais l’histoire nous a toujours montré que c’était plutôt rare et trop souvent provisoire.

Au niveau culturel, cela aura aussi un impact dramatique et il nous faudra du temps avant de pouvoir dépasser et reprendre, surtout après un immobilisme de plusieurs mois. Il est certain que beaucoup d’artistes, de compagnies, de théâtres ou d’associations seront encore plus fragilisés et seront même amenés à cesser leurs activités après avoir été arrêtés aussi longtemps et de fait, je pense en ce moment à tous ces spectacles et festivals annulés, à tous ces publics pour lesquels le spectacle vivant ne sera pas déconfiné avant un moment. Cela m’attriste vraiment, car même si d’autres formes de création, d’exploitation ont déjà été trouvées, ce n’est absolument pas ça la vie d’un artiste, la vie d’un théâtre, la vie d’un collectif. La vie des artistes, en particulier dans le monde de la danse, et de manière générale de tous ceux dans le secteur de la culture, c’est d’être au contact des autres, du public, des œuvres, des lieux.
 

Qu'est ce qui vous donne de l'espoir ?

Pour finir sur une note un peu moins sombre, beaucoup de choses me donnent de l’espoir. Cette période de confinement nous a pratiquement tous obligés à ralentir et pour moi, c’est un rythme propice à la réflexion, aux questionnements et à l’introspection, des conditions qui me semblent essentielles pour pouvoir dans un second temps agir.
En attendant, entendre le chant des oiseaux amplifié par le silence environnant me donne de l’espoir….
Participer à un système de solidarité et d’entraide au profit de personnes vulnérables me donne de l’espoir….
Sentir que beaucoup d’entre nous trouvent refuge pendant cette période dans la culture me donne de l’espoir…
Et même si j’ai conscience que le pire reste à venir, j’espère mais je le crois aussi que nous serons capables de traverser cette épreuve pour en tirer le meilleur. Ce qui était déjà critiqué avant la crise sera à mon avis difficilement toléré par la suite, et je pense que cela en poussera beaucoup à choisir de mettre en place d’autres alternatives qui finiront par s’imposer.
 

Quelle est votre stratégie personnelle pour affronter cette situation ?

En ce qui me concerne, c’est pour cela que je ne veux absolument pas être productive à tout prix. Je pense qu’un temps de décantation est nécessaire, que cette « immobilité » physique n’est pas sans conséquence au niveau psychologique et qu’il m’est essentiel de respecter cet état pour essayer d’être par la suite « organiquement stratégique ». Car pour l’instant, je n’ai aucune stratégie, j’avoue en avoir rarement, je fonctionne plutôt par intuition, au flair. Et étant un peu ermite de nature, ce temps de confinement ne bouscule pas beaucoup mes habitudes. J’aurais bien évidemment préféré avoir la liberté de le vivre délibérément, mais je ne sais pas si j’aurais eu le courage de m’y astreindre aussi longtemps.
Alors, je fais ce que je fais toujours quand je ne suis pas en période de création ou de répétition au studio. Je lis, j’écoute beaucoup de musique, j’écris, je fais quotidiennement ma pratique de yoga et de pilates et je profite de ce moment pour me nourrir, au premier sens du terme, mais aussi au sens métaphorique, le plus et le mieux possible.