Mexique, États-Unis, Canada : ces trois pays d'Amérique du Nord accueilleront ensemble la Coupe du monde 2026. L'histoire du soccer y a pourtant évolué de manière très différente. De la tradition millénaire du jeu de balle au Mexique au grand inconnu qu'est le Canada : nous vous présentons ces trois pays et leur tradition en matière de soccer.
Mexique
Il y a environ 3 000 ans, l'un des plus anciens jeux de balle au monde était déjà pratiqué sur le territoire actuel du Mexique : l'ulama ou juego de pelota. Dans ce jeu, il était interdit de toucher la balle avec le pied. Compte tenu de cette tradition millénaire, il n'est peut-être pas surprenant que le soccer moderne ait lui aussi rencontré un grand succès au Mexique
Au Mexique, les jeux de balle étaient déjà populaires il y a plusieurs milliers d'années : terrain de jeu de balle sur le site archéologique de Monte Albán, l'ancienne capitale des Zapotèques. | © Tjeerd Wiersma/FlickR/CC BY 2.0
Le Mexique n'a pas seulement été un pionnier il y a 3 000 ans : c'est ici qu'a eu lieu, en 1971, l'une des premières Coupes du monde féminines non officielles. Pour l'époque, ce tournoi était gigantesque : la finale, disputée au stade Azteca, a attiré plus de 100 000 supporters. Ce n’est pas un hasard si le Mexique avait été choisi comme pays hôte, car tandis que le soccer féminin était encore interdit ailleurs, il connaissait ici un véritable essor et disposait d'une ligue dont les médias parlaient beaucoup. Il existe une ligue professionnelle féminine au Mexique depuis 2017. Ce n'est que dans le nord du pays que le soccer n'est pas incontestablement le sport numéro 1 : en raison de la proximité avec les États-Unis, le baseball et le basketball y sont également très populaires.
États-Unis
Les Américains – du moins les hommes – sont généralement considérés comme étant notoirement réfractaires au soccer. Mais la prochaine Coupe du monde devrait changer la donne, car tant la FIFA que les clubs européens espèrent une croissance et des bénéfices mirobolants.Pourtant, le soccer a une longue histoire aux États-Unis, le premier club ayant été fondé en 1862. Dans les années 1920, il existait déjà une première ligue masculine. Mais le soccer n'a jamais réussi à s'imposer face aux grands sports d'équipe comme le football américain, le basketball, le baseball et le hockey sur glace. Il a longtemps été considéré comme un sport trop peu physique et surtout comme un jeu pour les femmes et les enfants. Il est également très populaire auprès des migrantes et migrants d'Amérique latine.
On a régulièrement tenté de provoquer artificiellement un engouement pour le soccer : par exemple en recrutant des stars telles que Franz Beckenbauer et Pelé, qui ont joué pour le New York Cosmos à la fin des années 1970, ou en organisant la Coupe du monde masculine de 1994 sur son propre territoire. Mais ces efforts n’ont pas porté leurs fruits à moyen terme. En revanche, des milliardaires américains ont depuis longtemps découvert ce sport : en 2023, environ un tiers des clubs des cinq meilleures ligues européennes était détenu en totalité ou en partie par des investisseurs américains, dont beaucoup de sociétés financières privées. Et la folie dépensière se poursuit.
Ce qui n'a pas fonctionné chez les hommes a d'autant mieux marché chez les Américaines. L'équipe féminine est l'une des meilleures au monde et a révélé des stars mondiales telles que Megan Rapinoe et Alex Morgan, qui s'engagent résolument en faveur du féminisme, des droits LGBT et de l'égalité salariale. En 2022, les Américaines ont franchi une étape historique : elles ont été l'une des premières équipes au monde à obtenir l'égalité salariale avec les hommes. Cet accord a déclenché une vague de mouvements similaires à travers le monde, souvent couronnés de succès. Des clubs comme les Portland Thorns, très progressiste, ou l’Angel City FC, fondé par des investisseuses, ont également un fort rayonnement. Les joueuses et les dirigeantes étrangères s’enthousiasment souvent pour les conditions offertes aux États-Unis.
L'équipe féminine des États-Unis est l'une des meilleures au monde : la joueuse internationale Megan Rapinoe est devenue une star mondiale et milite en faveur du féminisme et des droits des personnes LGBTQI+. | © Jamie Smed/CC BY 2.0
Canada
Le Canada est peut-être le grand inconnu parmi les pays hôtes. La Coupe du monde ne se déroulera que dans deux villes canadiennes, et de nombreux supporters n’associent certainement pas grand-chose au soccer canadien. À tort, car ce sport y a connu une évolution remarquable au cours de la dernière décennie.Pendant longtemps, le soccer a été éclipsé par le hockey sur glace et la crosse, mais récemment, le Canada a massivement investi dans le soccer et dans la relève. Le jeu en a valu la chandelle : le soccer est désormais le sport qui compte le plus grand nombre de joueuses et de joueurs actifs dans le pays. Depuis 2019, il existe une ligue professionnelle masculine. Le pays a récolté les fruits de tous ces efforts lors de la Coupe du monde masculine 2022, en se qualifiant pour la première fois depuis près de 40 ans. Avec Alphonso Davies, membre de l’équipe nationale depuis 2017, le Canada compte même un joueur de classe mondiale. L’enthousiasme de la population croît avec le succès.
Membre de l’équipe nationale candienne, Alphonso Davies évolue avec le FC Bayern Munich depuis 2019. | © Steffen Prößdorf / CC BY 4.0