Politique du plurilinguisme

Introduction aux thèmes principaux

« Politique du plurilinguisme »

Le concept de « politique linguistique » est relativement récent dans le contexte de la politique éducative européenne. En allemand particulièrement, où la langue ne fait pas de distinction entre les termes POLITICS, centré sur le système politique et la question du pouvoir, et POLICY, qui s’intéresse aux contenus, aux concepts et aux stratégies, la politique linguistique semblait ne pas avoir sa place dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement.

Et pourtant, il s’agit bien d’une composante constitutive de la vie publique, de la politique intérieure et extérieure, ainsi que de l’éducation et de l’enseignement. En effet, depuis la nuit des temps, le plurilinguisme est allé de pair avec l’évolution de l’humanité et la naissance des États. La formation d’États nationaux monolingues est une invention très tardive, puisqu’elle remonte au XVIIIe siècle, et s’est accompagnée de démarcations et d’exclusions, d’oppressions et d’expulsions de minorités linguistiques et autres, religieuses par exemple.

La politique linguistique

La politique linguistique se manifeste dans deux domaines étroitement imbriqués. La politique linguistique officielle et pour une part explicite, d’une part, qui englobe les principes, les réglementations, les lois et les moyens financiers qui doivent être mis en œuvre pour la diffusion des langues ; et le domaine individuel et personnel d’autre part, le comportement des gens qui veulent apprendre des langues et les utiliser – ou qui le refusent. Il existe donc deux façons d’accéder aux langues, qui entrent en jeu dans chacun des deux domaines : les langues ont été, de tout temps et aujourd’hui encore, un facteur d’entente et d’intégration, mais aussi un facteur de démarcation et d’exclusion, comme on le voit avec la construction de la Tour de Babel dans l’Ancien Testament, et avec le miracle de la Pentecôte dans le Nouveau Testament.

Sans une politique linguistique systématique et réfléchie, les individus, comme aussi les systèmes éducatifs prend, dans le meilleur des cas, des décisions utiles à court terme, mais la société passe à côté du potentiel de la multiplicité linguistique qu’elle a éventuellement à sa disposition, et met en danger sa cohésion démocratique et sociale.

Rapport entre politique des langues et plurilinguisme

On pourrait bien sûr argumenter qu’une langue n’a pas besoin, pour évoluer et se déployer, d’une politique linguistique systématique. Ne pourrait-on pas laisser au libre jeu des forces et au marché le développement et la diffusion des langues, tout comme leur disparition?
La promotion européenne de l’apprentissage des langues dans le Programme Éducation et Formation tout au long de la vie repose sur le consensus suivant : il faut intervenir dans le domaine des langues avec une politique ciblée et non les livrer au seul libre jeu de l’offre et de la demande sur le marché.

«The poursuit of diversity and plurilingualism requires… a political will and action to counteract economic factors and popular misperceptions, which will otherwise lead to reduction and homogenisation in general, with the plurilingualism of individuals only existing among social elites.»(Council of Europe, Guide for development of language education policies in Europe. Draft 2002, 17)

Le plurilinguisme des élites fait face au plurilinguisme des pauvres et un potentiel explosif se développe ainsi,qui menace la cohésion sociale.

La langue allemande, elle aussi, ne peut se maintenir et évoluer avec succès que dans le cadre d’une politique linguistique orientée vers le plurilinguisme. Une langue ne se développe et se rénove que lorsque les gens sont prêts à l’apprendre également comme langue étrangère. C’est cela aussi qui fait évoluer les spécialisations (dictionnaires, compétences en matière de traduction, etc.). Dans les conditions actuelles, si les gens n’apprenaient qu’une seule langue étrangère en plus de leur langue maternelle, ce ne serait pas l’allemand. Le plurilinguisme est donc un présupposé essentiel à l’existence de l’allemand.

La politique du plurilinguisme dans le cadre du projet «Langues sans frontières»

Se préoccuper de politique linguistique dans le cadre du projet de plurilinguisme sert à:

  • faire prendre conscience au public que la richesse des langues européennes ne peut survivre et se développer que si les gouvernements européens et les responsables de l’éducation conçoivent et mettent en œuvre des politiques linguistiques systématiques visant le renforcement du plurilinguisme;
  • sensibiliser le public au fait que le plurilinguisme est l’une des dimensions de l’intégration européenne. Mot clé : citoyenneté européenne / democratic citizenship. Les citoyens européens ne peuvent faire partie de la société de l’information à l’échelle européenne que s’ils ont appris eux-mêmes d’autres langues et que si d’autres ont appris la nôtre. Prendre part à l’Europe présuppose le plurilinguisme;
  • sensibiliser les politiciens et le public au fait que les droits des langues sont indivisibles ; c’est-à-dire que les émigrés, en Allemagne, ont non seulement le droit et le devoir d’apprendre l’allemand, mais aussi le droit de conserver et faire évoluer leur langue d’origine. L’acquisition de l’allemand ne devrait pas être organisé de telle manière qu’il entraîne la régression ou l’oubli de la langue maternelle. Les émigrés contribuent à la formation d’une société plurilingue. Leur propre langue ne doit pas être un obstacle, mais un atout qu’il s’agit de mettre en valeur;
  • dans les pays germanophones, attirer l’attention des responsables et du public sur le rapport existant entre le plurilinguisme et la sauvegarde de la langue allemande. Si tous les pays n’offrent plus que l’apprentissage d’une seule langue étrangère, c’est généralement l’anglais qui l’emportera. L’allemand n’aura sa place que si est proposé l’apprentissage de deux voire de plusieurs autres langues étrangères. La diversification des offres et le plurilinguisme garantissent la sauvegarde de l’apprentissage de l’allemand dans le système scolaire des autres pays;
  • mettre en évidence et expliquer que le Goethe-Institut représente un centre important non seulement pour l’apprentissage de l’allemand, mais aussi pour le rôle capital qu’il joue dans le cadre de la politique linguistique européenne, et qu’il intègre son travail en faveur de l’allemand dans le contexte d’une « politique du plurilinguisme».
Hans-Jürgen Krumm - curatreur de la section
« Politique du plurilinguisme » dans le
cadre du projet « Langues sans frontières »


Hans-Jürgen Krumm est professeur d’allemand langue étrangère à l’Institut de Germanistique de l’université de Vienne. Son travail de recherche porte principalement sur la grammaire linguistique et didactique, sur la civilisation et la communication interculturelle, sur le plurilinguisme, la langue et la migration/intégration, sur le comportement de l’enseignant et l’analyse de l’enseignement, et sur la politique linguistique.

    Le pouvoir de la langue

    Le rôle de la langue dans un monde globalisé

    Migration et intégration

    La migration transforme les cultures. Le Goethe-Institut est le reflet de cette évolution en Allemagne et dans le monde, et s’engage pour l’intégration linguistique des émigrés.