Place To B Une ruche artistique et médiatique pendant la Conférence sur le Climat

Fresque végétale au Place To B
Fresque végétale au Place To B | Photo : Marine Leduc

Situé au cœur de Paris pendant la COP21, Place To B compte changer la donne grâce au travail collectif de journalistes, artistes et experts du monde entier. Leur objectif : créer un nouveau récit sur le climat.

« C’est un nid où chacun peut y mettre un œuf » déclare Rob Hopkins à propos de Place To B. L’initiateur des villes en transition ne pouvait pas mieux décrire ce laboratoire éphémère situé à une centaine de mètres de Gare du Nord. Pendant deux semaines, l’auberge de jeunesse St Christopher’s Inn et son bar le Belushi’s se sont transformés en lieu de résidence, espace de coworking, salles de conférence et de concerts pour des centaines de journalistes, rêveurs, représentants d’ONG et artistes venus assister à la COP21 (Conference of the parties), notamment aux côtés de la société civile.

Journaliste et bloggeuse, Anne-Sophie Novel a eu l’idée d’un tel endroit après son expérience à la COP15 à Copenhague en 2009. Elle s’était retrouvée dans un réseau de bloggeurs et militants installé en plein centre-ville : « L’ambiance était bon enfant et on parlait de ce qui se passait. En tant que journaliste, j’ai remarqué qu’il était difficile de faire passer des messages et des solutions. C’est un sujet difficile à aborder, qui rebute les gens.»

Rafraîchir le discours sur le climat

Avec Place To B, de nouvelles histoires sur les enjeux climatiques émergent. Une manière de sensibiliser les citoyens autrement et de montrer qu’ils peuvent, à leur manière, avoir un rôle à jouer à leur échelle. « Il faut montrer qu’il n’ya pas que des hommes en costume cravate à la COP. Des gens créatifs se mobilisent » explique Natacha Bigan, graphiste dans l’équipe de Place To B. Après avoir travaillé pendant plusieurs années pour une agence, elle s’est mise à son compte pour intégrer des projets en lien avec l’écologie et la conservation de la biodiversité. « Les artistes ont un rôle important car ils utilisent des moyens originaux pour parler autrement du sujet » rajoute-t-elle.

Pour l’occasion, la décoration du lieu a été complètement revisitée. Une immense fresque végétale et des panneaux de bois ont été installés sur les murs. Les résidents peuvent s’exprimer et y poser des affiches, dessiner, et laisser libre cours à leur imagination. Au fur et à mesure que les jours passent, les diverses salles s’emplissent de posters, croquis et autres fanions colorés.

L’une de ces pièces, située à l’extérieur du bar, accueille la Creative Factory. Tous les deux jours, des artistes, journalistes et experts se penchent sur un thème lié au climat et conçoivent des projets et performances artistiques. Initié par l’association Forever Swarm, la Creative Factory a été spécialement conçue pour Place To B.

« Les gens en ont marre de voir des ours polaires et des feuilles quand on parle du climat. Cela ne parle pas aux personnes qui ne sont pas encore ‘convaincues’ », déclare David Holyoake, musicien australo-britannique et fondateur du projet avec Chris Aldhous, « il faut trouver d’autres moyens d’amener le public vers le sujet et cela se fait en montrant les impacts du changement climatique dans leurs vies quotidiennes. »

Repenser le rôle de l’art

Pour David, la crise de communication sur le changement climatique ne pourra se résoudre sans l’art et la culture : « Quel est le grand rêve maintenant ? Il n’y en a pas. On doit en construire un. Et des meilleurs futurs requièrent de meilleurs rêves. On a besoin des artistes pour créer cette nouvelle grande vision du monde. Ici, c’est l’occasion pour les gens de venir travailler et rêver ensemble. »

À la Creative Factory, chacun peut utiliser sa créativité et ses compétences pour créer un projet collectif. En ressortent des initiatives diverses comme des campagnes, des applications mobiles ou des interventions artistiques qui peuvent être reproduites.
Scott Shigeoka, participant à la Creative Factory, ne pouvait pas mieux tomber : « Je voulais venir à la COP et m’impliquer dans un projet artistique. Ce lieu est parfait pour moi ». Cet écrivain d’origine hawaïenne met en avant la diversité des participants : « Ce n’est pas seulement une nouvelle génération mais des personnes de tout âge, de pays différents, avec des histoires et des parcours divers. C’est unique. »

Comment m’impliquer en tant qu’artiste ? Voici la question que s’est posé David avant de fonder Forever Swarm. Ce n’est pas sans difficulté. Et Natacha le rappelle : « C’est toujours difficile pour un artiste de gagner sa vie en suivant ses convictions. » Toutefois, son parcours prouve que ce n’est pas impossible : « Les clients me contactent car, contrairement à de grosses agences de communication qui travaillent aussi pour des multinationales, je travaille seulement pour des projets écolos et surtout, je connais le sujet. »

Et après ? 

C’est ce que veut prouver Place To B : l’avenir est dans une autre vision du monde, de l’économie, de l’éducation et de l’art. Ce qui sort souvent de la bouche des participants est cette énergie et cette motivation qu’ils ressentent pour la suite, pour un futur qui n’est pas catastrophique, mais un futur optimiste et surtout, possible.

L’aventure ne se terminera pas le 12 décembre 2015. David compte créer une campagne de crowdfunding pour mettre en place certains projets initiés lors de la Creative Factory. Quant à Anne-Sophie Novel, elle réfléchit à une suite pour Place To B : « On sondera la communauté, voir comment on peut envisager la suite sur d’autres COP, si on veut créer une communauté plus large et se sentir appartenir à cette communauté. Car ici c’est comme une maison, comme un nid. » Un nid qu’on ne veut plus quitter.