Allemagne
Falko Hennig

Raccrocher les crampons pour toujours

En Allemagne, le football n'est pas un jeu pour enfants. C'est du moins ce que pense l'auteur Falko Hennig qui partage la même passion pour le foot avec sa mère, mais aussi les conséquences de ce sport sur la santé.
 

Traduction : Nathalie Huet

Comme je ne peux plus y jouer depuis des mois, j’ai souvent pensé ces derniers temps à la signification que le football avait pour moi. Mes douleurs à l’aine sont trop fortes ; au début, j’ai quand même essayé de jouer mais dès que je commençais à courir, c’était comme si une aiguille me perçait la peau à cet endroit. Cela s’aggravait quand je sprintais puis rapidement, ça n’allait plus du tout. Pourtant la rapidité était autrefois mon fort.
 
« As-tu quelque chose de particulier, ou c’est l’âge ? », me demanda Martin Küchler, un ami qui joue avec moi. Cela vient probablement de l’âge, j’ai presque cinquante ans, beaucoup de footballeurs ne sont pas allés jusque-là et ont raccroché leurs crampons bien avant : le Belge Gregory Mertens, l’Écossais Phil O'Donnell, l’Espagnol Antonio Puerta.
 
En règle générale, j’ai joué ces dernières années cinq fois par semaine au foot, tout simplement parce que cela m’amusait beaucoup plus que de faire du jogging, parce que cela me faisait du bien et parce que j’étais convaincu que c’était bon de se remuer au grand air. Et maintenant, c’est cuit !
 
J’ai d’abord pensé que c’étaient des courbatures mais cela ne s’est pas amélioré. J’ai consulté six médecins différents, racontant à chacun d’entre eux que je jouais trop avant d’évoquer mes douleurs. Google leur donne immédiatement un nom, la pubalgie du footballeur. Je demandais donc s’il s’agissait de cela : non, absolument pas. Le septième médecin me dit : « Je n’ai même pas besoin de regarder, c’est une pubalgie du footballeur ! » Ma confiance dans le système médical allemand n’a pas grandi avec ce problème. Malgré tout, je peux encore faire du vélo et si rien ne s’arrange, je commencerai le vélo-ball.
 
Beaucoup de choses me lient au football allemand, cela commence avec mes parents et ma mère qui jouait elle-même toutes les semaines jusqu’à la fin des années 1970 et avec qui j’ai pu encore jouer ces dernières années. Lors d’une coupe du monde entre écrivains qui eut lieu en Suède, elle était la seule supportrice à être venue d’Allemagne, en vélo pliant, mais l’entraîneur n’a pas songé à me faire rentrer sur le terrain pendant la partie ! Mais voilà qu’elle n’a plus le droit de jouer à cause de sa hanche artificielle, et elle s’y tient. Toutefois, bien qu’elle n’y soit pas autorisée, elle continue de faire du ski en douce.
 
Les représentants des autres nations ne crient pas autant sur le terrain, on dirait que les matchs sont plus un plaisir pour eux et, contrairement aux Allemands, ils chantent après la partie et savent toutes les paroles, tous les airs. Les Suédois se réchauffent toujours avec du schnaps.
 
Mon truc, c’est plutôt le foot de rue et je jouais avec Wolfgang Herrndorf. Je pense qu’il ne m’appréciait pas énormément en tant qu’auteur, en revanche il me qualifia de dieu après le but que j’avais marqué de la tête dans la Bergstraße. Il s’est tiré une balle dans le crâne en 2013. Je joue au foot toutes les semaines avec Horst Bredekamp, il a environ soixante-dix ans et je n’arrive jamais à le suivre quand il en va d’autre chose que de football mais les indications qu’il donne sur un ton plaintif pendant la partie sont sans équivoque: « Par-derrière ! Pourquoi ne passez-vous jamais par-derrière ? » Cela ne s’oublie pas !