Berlinale | critique de cinéma  2 min Le déplacement: le sujet d'actualité dans Le Dernier Jour (Akher Youm) et Les Vergers (Al Basateen)

Extraits des courts métrages « Le Dernier Jour » (Akher Youm) de Mahmoud Ibrahim et « Les Vergers » (Al Basateen) d'Antoine Chabon
Extraits des courts métrages « Le Dernier Jour » (Akher Youm) de Mahmoud Ibrahim et « Les Vergers » (Al Basateen) d'Antoine Chabon © Petit Chaos / © Mahmoud Ibrahim

Qu'est-ce que cela signifie d'être forcé de quitter sa maison, son quartier et son pays d'origine ? Les raisons sont multiples, mais le déplacement reste une expérience douloureuse que le jeune cinéaste égyptien Mahmoud Ibrahim et le cinéaste français Antoine Chapon utilisent pour mettre en lumière le phénomène du déplacement forcé. Leur film fait partie de la section Forum élargi de la Berlinale.
 

Le déplacement est peut-être le sujet le plus pressant de notre monde contemporain, comme en témoigne la sélection de deux courts métrages arabes qui seront projetés ensemble dans le cadre de la section Forum élargi. Bien qu'elles diffèrent sur de nombreux points, ces deux œuvres ont pour thème commun la migration forcée.

Le Dernier Jour (Akher Youm)

 
Sans aucun budget et en une seule journée de tournage dans sa ville natale de Kafr El Dawar, le jeune réalisateur égyptien Mahmoud Ibrahim a réussi à réaliser un film poignant. Avec une narration épurée et une durée de seulement cinq minutes, il illustre brillamment la puissance de l’éloquence cinématographique et la capacité à transmettre des émotions profondes avec des moyens des plus simples.

Deux frères sont contraints - pour des raisons inavouées mais compréhensibles - d'évacuer leur maison avant qu'elle ne soit démolie. Alors qu'ils emballent leurs affaires pour préparer leur départ, ils montrent l'émotion normale de quelqu'un qui est forcé de rassembler ses souvenirs et de laisser son passé derrière lui pour devenir une épave. Au même moment, la télévision diffuse des informations sur le déplacement du quartier palestinien de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est.

Le cinéaste a réalisé son film avant octobre 2023, mais la narration et la douleur sont exactement les mêmes, et l'impact de l'évacuation forcée des habitants du quartier est similaire à celui des Gazaouis contraints de fuir, et des frères Ziad et Moody forcés de passer leur « dernier jour » dans leur maison bien-aimée. Tant que l'injustice persistera dans le monde, les gens seront contraints de partir contre leur gré.

Les Vergers (Al Basateen)

 
Si les protagonistes de « Le Dernier Jour » ont abandonné un appartement, les personnages de « Al Basateen » ont laissé derrière eux tout un pays. Le réalisateur français Antoine Chapon aborde la diaspora syrienne sous un angle particulier : les souvenirs des habitants du quartier de Basateen al-Razi, dans la capitale Damas, que d'anciens résidents décrivent dans le film comme la « colonne vertébrale du Levant », jusqu'à ce que ses habitants décident de participer au mouvement populaire contre le régime de Bachar al-Assad, et qu'ils paient chèrement leur participation.

Le quartier a été démoli, ses habitants, comme des millions d'autres, ont été contraints de fuir le pays, et le régime en place a conçu un plan pour le reconstruire sous un nouveau nom, avec un design moderne intégrant des gratte-ciel. Ce projet relève de l’illusion pour un régime dont la fragilité n’est plus à prouver. Pourtant, son annonce a créé un paradoxe dans l’esprit de ceux qui ont été arrachés à leur quartier sous la menace des armes et des arrestations. Un paradoxe qui les habite depuis plus de dix ans, jusqu’à ce que M. Chapon décide de l’explorer à travers le prisme du cinéma.

Les anciens habitants de Basatin al-Razi évoquent leurs souvenirs et commentent en voix off ce qui s'est passé à Damas avant leur départ et ce qui pourrait s'y passer plus tard, tandis que le réalisateur fait appel à des graphistes pour réimaginer le quartier d'après les souvenirs de ses habitants et dessiner une nouvelle image de ce que devrait être le quartier, une image véritablement nouvelle, où les murs peuvent porter des slogans appelant à la chute de ceux qui l’ont détruit.

Et ainsi de suite


Présenter Le Dernier Jour et Les Vergers dans un même programme de courts métrages a été un choix judicieux de la part des programmateurs du forum élargi. Cela a permis d’inscrire chaque film dans un contexte plus large et d’explorer différentes variations d’une même idée obsédante : tandis que le monde se prévaut de libertés et de droits humains, des individus, aux quatre coins du globe, continuent d’être arrachés à leur maison, leur patrie et leurs souvenirs, simplement parce qu’un régime autoritaire en a décidé ainsi.

 

 

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