L'association «Amour et don» constitue un modèle inspirant pour relever la stigmatisation sociale infligée aux personnes handicapées. Dans cet entretien, sa directrice, Mirna Fouad, remonte à sa fondation et comment elle offre un soutien psychologique et des soins aux personnes handicapées et à leurs familles afin de les autonomiser.
Plus de 10 % de la population égyptienne vit avec un handicap, selon les chiffres de 2017 de l'Agence centrale pour la mobilisation publique et les statistiques (CAPMAS). Pourtant, le public manque de sensibilisation sur la meilleure façon d'interagir avec les personnes handicapées, souvent victimes de stigmatisation sociale. L'association «Amour et don» constitue un modèle inspirant pour relever ces défis. Dans cet entretien, sa directrice, Mirna Fouad, explique sa création et comment elle propose un accompagnement et un soutien psychologique aux personnes handicapées et à leurs familles.Au départ, comment est née l’idée de l’association ?
L’idée du projet est née il y a environ 35 ans, lorsque la mère d’un enfant en situation de handicap, accompagnée d’un groupe de mères d’enfants ayant des besoins spécifiques, souffrait des déplacements quotidiens entre El-Mahalla El-Koubra et Tanta, ce qui représentait une lourde contrainte pour elles comme pour leurs enfants. À cela s’ajoutait la difficulté de trouver des écoles de proximité en mesure d’accueillir des enfants présentant des handicaps sévères, les établissements refusant souvent leur admission. C’est ainsi que l’idée de l’association a émergé, portée par El-Hagga Maïssa — que Dieu ait son âme — profondément préoccupée par le devenir de ces enfants. Elle a alors trouvé un terrain et y a fondé une école d’éducation spécialisée, permettant ainsi l’ouverture d’un établissement à El-Mahalla.
Une question s’est alors posée : qu’advient-il de l’enfant une fois son enseignement de base terminé ?
Hajja Maissa, la fondatrice de l'Association. | © Mirna Fouad
El-Hagga Maïssa était pour moi une véritable mère spirituelle, et j’ai repris la direction de l’association après son décès. Si je crois profondément en la mission de l’association, c’est aussi parce que j’ai un frère atteint de trisomie 21.
Après le décès de ma mère, il m’a fallu assumer sa prise en charge, et j’ai compris qu’il était essentiel de lui offrir un rôle actif et valorisant. Je l’ai alors inscrit aux Jeux paralympiques. Notre association est la seule, à l’échelle du Delta – et plus particulièrement d’El-Mahalla El-Koubra – dont les bénéficiaires participent aux compétitions paralympiques. En 2019, trois de nos jeunes ont remporté des médailles dans les compétitions olympiques de la catégorie spéciale, parmi des participants issus de 35 pays. En octobre 2025, nos jeunes ont également remporté les qualifications au niveau du gouvernorat de Gharbia.
En quoi les activités proposées par l’association se distinguent-elles de celles d’autres associations ?
Dès le départ, nous avons tenu à ce que notre mission soit clairement définie, notamment à travers le nom de l’association – Association Amour et Don pour le développement des personnes en situation de handicap et de leurs familles. Nous veillons à offrir un soutien à la fois matériel et moral aux familles comptant un membre en situation de handicap.
Les familles elles-mêmes font face à de nombreuses difficultés et à des situations complexes : par exemple, une sœur divorcée qui prend en charge ses frères et sœurs en situation de handicap, ou encore une mère d’un enfant en situation de handicap ne disposant pas de revenus stables. Grâce à l’aide sociale, nous leur apportons un soutien financier leur permettant de subvenir aux besoins de leurs proches en situation de handicap. Nous proposons également des séances de guidance familiale afin de les aider à mieux accompagner les situations de handicap dès le plus jeune âge. Quant à nos enfants et jeunes en situation de handicap, nous leur offrons des séances d’orthophonie, de développement des compétences et de modification du comportement, adaptées à la situation de chaque enfant.
Quels sont les principaux défis auxquels l’association est confrontée dans la prestation de services aux personnes en situation de handicap ?
Il n’existe pas de défi spécifique, mais plutôt un problème structurel lié à la prolifération de centres d’orthophonie et de structures de soutien aux différents types de handicap. Certains de ces centres disposent de professionnels qualifiés, tandis que d’autres manquent cruellement d’expertise. Au-delà de la compétence technique, la réussite de tout projet de services destiné aux personnes en situation de handicap repose avant tout sur la motivation, l’empathie, le respect de l’éthique professionnelle et morale, ainsi que sur la capacité à accompagner ces enfants et ces jeunes avec engagement et responsabilité.
Les associations de services aux personnes en situation de handicap manquent-elles de moyens ou d’outils pour offrir un soutien adéquat ?
Je pense que les familles des personnes en situation de handicap ont avant tout besoin d’un accompagnement renforcé et d’une plus grande sensibilisation de la société. Il convient également de saluer la loi n°10 de 2018, qui a encadré le statut des personnes en situation de handicap au sein de la société égyptienne, garanti l’égalité des chances et favorisé leur inclusion grâce à l’instauration de quotas assurant leur admission dans les établissements scolaires et les différents secteurs de l’emploi. À mon sens, cette loi a contribué de manière significative à transformer la perception sociale des personnes en situation de handicap.
Jusqu’en 2024, l’association était mandatée par le Bureau de réadaptation d’El-Mahalla El-Koubra pour délivrer les cartes de handicap – également appelées cartes de services intégrés destinées aux personnes en situation de handicap – jusqu’au transfert des bureaux de réadaptation vers les directions des affaires sociales. Nous étions alors la seule association chargée de servir la région d’El-Mahalla El-Koubra et ses différents districts dans le domaine du handicap.
Dans quelle mesure l’Association Amour et Don a-t-elle contribué à changer le regard de la société sur le handicap ?
Nous mettons constamment l’accent sur la création d’un lien solide et authentique entre les membres de la famille, en particulier la personne responsable de l’accompagnement de la personne en situation de handicap, en les associant à nos sorties et activités. L’objectif est d’éliminer tout sentiment de honte que l’accompagnant pourrait éprouver à l’égard de la personne en situation de handicap.
L’association a-t-elle des projets ou des perspectives d’avenir ?
Oui, un projet est en cours visant à créer un foyer d’accueil pour les enfants en situation de handicap. À travers cette initiative, nous espérons offrir les soins et la protection nécessaires à ces enfants, qui ne devraient en aucun cas être négligés ni exposés à quelque forme que ce soit d’exploitation ou de maltraitance.
À propos de l’association
L'Association Amour et don est une organisation caritative qui œuvre pour la prise en charge des personnes en situation de handicap et de leurs familles. Elle a été fondée en 2000 à l’initiative de Mme Maïssa Ishaq Jaafar, présidente du conseil d’administration, qui avait auparavant créé, dans les années 1990, une école d’éducation spécialisée, avant la formalisation de l’association. À la suite du décès de Mme Maïssa, Mme Mirna Fouad a repris la direction de l’association.
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Février 2026