« Wake Up »
Isaiah Lopaz
Les paroles, qui ont inspiré la série d’animations en collage de Lopaz, présentent deux perspectives différentes, mais complémentaires. D’une part, des figures divines incarnent l’être supérieur qui dicte les comportements et les croyances. Avec assurance, elles disent aux humains : « Je peux tout faire, je peux être tout ce que je veux. Regardez-moi voler. Vivre est ma joie ; mon avenir est si radieux. Je ne mourrai jamais. » D’autre part, le refrain incarne un observateur distant de l’histoire qui se déroule. Au fil de la chanson, les dieux et les déesses expliquent comment, en adoptant et même en reproduisant leurs croyances, les humains pourraient s’intégrer et trouver l’acceptation ainsi que l’amour : « Alors laissez-nous simplement vous guider, faire de cet espace sans protection un vide que vous pourrez combler d’engourdissement par notre grâce. Alors souriez simplement, et vous y arriverez ; cela pourrait être de l’amour, et vous ne serez jamais haï. » Ici, New Past fait allusion aux dangers de la normalisation de la violence envers les communautés marginalisées. Pourtant, une autre voix interroge doucement les divinités : « Que vaut votre sécurité si elle ne se mesure qu’à l’aune du malaise des autres ? Que vaut votre choix s’il repose sur une peur violente ? Que vaut votre amour si votre lignée vous a rendus insensibles ? À quoi devez-vous votre identité ? » Avec insistance, cette voix continue de poser cette dernière question jusqu’à ce que les deux voix s’éteignent et que la chanson s’achève.
Les paroles nous rappellent à quel point il est facile de devenir complices des systèmes mêmes de racisme et de patriarcat qui nuisent déjà à nos propres communautés. Lopaz s’empare de cette histoire complexe en donnant vie aux divinités et aux scènes à travers plus de quatre-vingt-dix collages. L’esthétique de l’œuvre puise dans l’âpreté, la tactilité, la texture, la superposition et la fragmentation propres au collage, créant un mouvement saccadé et un récit visuel qui attirent l’attention sur la nature construite tant de l’identité que des systèmes de croyance. En découpant et en recontextualisant des images tirées de magazines de mode et de la culture populaire, Lopaz dépasse les stéréotypes préjudiciables pour créer des figures hybrides et mythiques, facilitant ainsi la construction de réalités spéculatives pour les communautés Noires. Dans les premières scènes, six dieux et déesses prennent forme à partir de visages fragmentés de sujets noirs, associés à des matériaux tels que le quartz, des vases en argile, du tissu, des foulards et des coquillages. Au fur et à mesure que la vidéo se déroule, d’autres figures représentant des humains issus de différentes communautés entrent en contact et semblent parfois même s’affronter ou s’attaquer les unes aux autres.
New Past utilise le silence, le contraste et des moments de surcharge instrumentale pour communiquer la lutte entre ces deux perspectives cherchant à réconcilier une vision conçue pour privilégier un groupe au détriment des autres. Lopaz, quant à lui, donne vie à ces histoires complexes à travers des formes hybrides, à peine humaines, qui se déplacent à travers le temps et des espaces multidimensionnels. En superposant physiquement ces sujets et ces mondes fragmentés, l’animation de Lopaz fait écho au cœur de la chanson : un appel à l’éveil collectif, à se défaire des préjugés et à embrasser notre responsabilité commune de créer de la solidarité au sein de nos communautés.
Texte par Erandy Vergara Vargas
Isaiah Lopaz
Isaiah Lopaz | © Matt Lambert