Nicole Lachaise

Théâtre Les Ateliers Lyon

Catherine Taglioni Bernhard Beutler Nicole Lachaise Goethe-Institut Lyon
Nicole Lachaise (à droite) avec Catherine Taglioni et Bernhard Beutler
« L'histoire singulière de ce lieu est le fait qu'il est indissociable de Gilles Chavassieux qui a assumé la création et l'évolution artistique de ce théâtre » (magazine 491)

 

Pendant les années de mon activité au théâtre Les Ateliers, j'ai traversé de nombreuses fois la place Bellecour pour me rendre au Goethe-Institut.
Cet agréable voisinage géographique et surtout la convergence autour d'un projet : les auteurs contemporains, ont réuni d'une manière et avec une connivence exceptionnelles le Goethe-Institut et le théâtre Les Ateliers à Lyon.
C'est la complicité avec nos interlocuteurs du Goethe-Institut qui a rendu possible ces liens durables tout au long de ces années.
 
Gilles Chavassieux metteur en scène et directeur du théâtre m'avait laissé toute liberté pour la programmation /accueils puisque nous étions parfaitement d'accord pour donner voix et privilège aux productions d'auteurs contemporains.
Lui-même a fondé le théâtre Les Ateliers et rassemblé une équipe artistique autour de ce projet ambitieux.
 
Il a créé et fait découvrir les textes allemands de :
 Tankred Dorst : « La grande imprécation devant les murs de la ville » 1977 et plus tard « Herr Paul » (Monsieur Paul) 2002
 Rainer Werner Fassbinder : « Preparadise sorry now » 1981 présenté au centre commercial de la Part-Dieu -encore dans sa jeunesse et avec un directeur éclairé- et ensuite au Centre Georges Pompidou et « Du sang sur le cou de chat » 1985
 Heiner Müller : « La Mission » 1984
 Franz Xaver Kroetz : « Ni chair ni poisson » 1986
 Roland Schimmelpfennig : « Push up » 2002
 Peter Turrini : « A la tombée de la nuit » 2010
 Marius von Mayenburg : « Perplexe » 2012
Sans oublier un détour par trois fortes pièces de Bertolt Brecht :
 « Dans la jungle des villes » 1983,
 « Antigone » 2000 et
 « Têtes rondes Têtes pointues » 2004 avec l'exigeante partition musicale de Hanns Eisler.
 
Autour de cette programmation « Maison » une activité se développe toutes les saisons en partenariat avec le Goethe-Institut.
L'accueil en langue allemande du célèbre texte de Patrick Süskind « Der Kontrabass » avec Nikolaus Paryla du Münchner Volkstheater, puis en français par Michel Fontaine, mise en scène Pierre Vial.
L'accueil de « Ich, Feuerbach » de Tankred Dorst par le Schiller-Theater de Berlin.
 
Ensuite deux évènements mémorables ont mobilisé toute notre énergie ! L'un français, l'autre allemand.
Dans la chronologie, c'est la venue d'Ariane Mnouchkine et du Théâtre du Soleil avec « Mephisto » de Klaus Mann ; accueil conséquent ! Dans l'ancien palais de la foire, espace en bi-frontal de la scénographie particulière de la création et devant un public amoureux du théâtre du Soleil et de sa manière de faire parler l'histoire et la politique.
 
Ensuite la venue pour la première fois à Lyon de la vedette qu'est Christoph Marthaler.
Un journal titre en première page : « Tout le monde se lève pour Marthaler ».
C'est avec « Lina Böglis Reise » (Voyage de Lina Bögli) que le célèbre metteur en scène, après deux voyages pour choisir un lieu qui ne soit pas un théâtre, se pose aux Subsistances/friches non encore restaurées ! Il installe son spectacle entre rêve et poésie, musique et chants des montagnes suisses, dérapages et « nonsense » avec un humour inimitable.
Réussite grâce à Paul Gremeret, directeur courageux de ces premières Subsistances pour l'aménagement et l'aide indéfectible de Dietrich Sturm, directeur du Goethe-Institut et de son équipe.
Quelle récompense lorsque certains comédiens revus lors d'un autre spectacle nous parlent de l'accueil de Lina Bögli !
Inoubliable Marthaler !
 
Après la chute du mur… Des cabarets arrivent jusqu'au Théâtre Les Ateliers. « Academixer » de Leipzig, « Die Distel » de Berlin, un cabaret Tucholsky et même Georgette Dee, star à Berlin, qui arrive du Hebbel Theater et chante Brecht en robe fourreau rouge et talons aiguilles dans la grande tradition des numéros de travestis.
 
En 1990 à l'initiative du théâtre Les Ateliers, du Goethe-Institut et de son directeur Bernhard Beutler, nous battons le rappel auprès des autres instituts (italien, espagnol, anglais/British Council) pour inventer une semaine européenne de théâtre contemporain.
Elle a lieu du 22 au 27 octobre.
Elle rassemble 5 compagnies sur 5 jours, de Murcia, Birmingham, Milan, Stuttgart, Lyon, chaque spectacle est donné dans sa langue, suivi par un public nombreux, clôturé par une table ronde avec Jean-Claude Carrière et une réception à l'Hôtel de Ville.
C'est bien et nous rêvons de transformer cet essai en biennale ! Nous rêvons donc ! Puisque les finances -mêmes modestes- ne suivront pas.
 
Alors nous rebattons les cartes et nous inventons « les Européennes ». Nous prenons contact avec le Goethe-Institut, nous mobilisons les autres instituts. La première expérience a plu, celle-ci prend la forme de découverte d'auteurs inédits, sous forme de lectures/mises en jeu et la présence fréquente des auteurs. Tous les ans ce grand week-end est attendu par un public curieux, séduit par la liberté de jeu et le choix des textes.
Plusieurs metteurs en scène s'emparent des textes et proposent des palettes originales de lectures.
 
Pendant 10 ans et pour ne citer que les auteurs de langue allemande :
Andreas Marber, Matthias Zschokke, Roland Schimmelpfennig, Igor Bauersima, Gesine Danckwart, John von Düffel, Marc Becker, Falk Richter, Wilfried Happel, Marius von Mayenburg, Tankred Dorst, Lukas Bärfuss, Fritz Kater, Sibylle Berg, Rainald Goetz, Philipp Löhle participent à ces scènes contemporaines.
 
La place Bellecour est toujours là, c'est bien ! Le Goethe-Institut est là, Hourrah ! Le théâtre Les Ateliers a confié ses archives à la Bibliothèque Nationale de France, François Mitterrand.
 
 
un salut de connivence à Bernhard Beutler
et Hildegarde, à Dietrich Sturm et Doris et à Catherine Taglioni
nos partenaires devenus amis

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